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samedi 29 janvier 2011

Bonne et heureuse année 2011 !


Depuis que Maloya.org existe, ce blog est en sommeil ! Pour preuve, ce post ci-dessous qui souhaite une bonne et heureuse année... 2010 ! Voilà donc déjà un an qu'il n'y a pas eu de mot posté sur ce blog.

Au lecteur égaré qui est en train de lire ces lignes, je suggère donc une chose : aller se promener sur Maloya.org ! Pourquoi ? Parce qu'il y a tout ce que vous pouvez souhaiter trouver (c'est en quelque sorte une caverne d'Ali Baba de l'océan Indien, la grotte de Ti-Louis !). A savoir :

- Des expositions d'artiste travaillant dans la zone océan Indien : "Expositions / Ar'kivi"
- Des références d'ouvrages (littérature, essais, jeunesse, BD, etc.) : "Littérature / Romansaz"
- Des interviews en vidéo de gens du théâtre, des lettres, de la musique, etc. : "Vidéo / Dann télé"
- De l'actualité culturelle et artistique, des portraits, des liens, etc.

Voilà de quoi passer bien des heures, des heures et des heures à lire, s'informer, se documenter... Parce qu'il y a toujours à apprendre, et qu'on ne sait jamais trop, ni trop bien !

Bonne lecture à toutes et à tous !

jeudi 2 octobre 2008

L'exil vu par...

Edito / Kozman, de Philippe Grondin, psychologue et psychanaliste, sur le site Maloya.org :

Je pourrais m'adresser aux "habitués" de l'Edito / Kozman de Maloya.org, mais comment être habitué quand ce n'est que la troisième édition du genre, depuis le mois de d'août ?

Donc, ce mois-ci, et comme pour tous les mois à venir, un Edito / Kozman est en ligne sur le site bilingue (créole et français) Maloya.org : Philippe Grondin, psychologue et psychanalyste, nous fait part de sa lecture de l'exil... Dans un autre registre, mais sans pour autant prendre trop de distance par rapport à cette question de l'exil, Gabriel Ackondjhol nous invite à découvrir son travail de peintre, dans la partie "exposition" du site (exemple ci-contre).

Pour lire l'édito, et/ou pour voir l'exposition de ce mois d'octobre, rendez-vous à cette adresse :


N'hésitez pas à réagir et à laisser un commentaire : il vous suffit pour cela de vous laisser guider (onglet "Bat'koz / Réagir").

vendredi 1 août 2008

Des mots : Edito / Kozman

C'est officiel : aujourd'hui, 1er août 2008, Maloya.org lance son édito ! 

A cette occasion, et pour le tout premier édito donc, l'écrivain et poète (le "fonnkozèr" ni di...) Jean-Louis Robert revient sur ce qui a animé les débats il y a quelques semaines de cela : l'introduction des LCR (Langues et Cultures Régionales) dans la Constitution Française.... Pour découvrir en détail ses propos, se rendre sur la page d'accueil de Maloya.org, ou directement sur la page de l'édito.

Pour ce qui est des informations concernant l'auteur du texte, je vous invite à lire soit un texte en créole, soit en français... au choix donc (cliquer sur les liens). 

En vous souhaitant une bonne lecture !

NB : L'"Edito / Kozman" de Maloya.org sera mensuel, et sera publié entre le 1er et le 5 de chaque mois. Ainsi, des acteurs de la vie culturelle réunionnaise (qu'ils soient Réunionnais ou non), vous proposeront régulièrement leurs mots... Nous avons rdv !

mercredi 19 mars 2008

Ile Maurice

1968-2008 : 40 ans d’indépendance, 16 ans de République


A l’occasion du 40ieme anniversaire de l’indépendance de Maurice, le 12 mars 2008, l’Express de Maurice a publié un Supplément Hors série « 1968-2008 : Genèse d'un miracle ». Quarante personnalités du monde politique, économique, culturel… livrent leurs témoignages et leurs analyses des changements observés au cours des 40 dernières années.

Considérée comme un modèle de développement par les organismes internationaux, l’île Maurice a rejoint en deux décennies le rang des « pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure ». Des défis auxquels a été confrontée l’industrie sucrière (Le sucre : champ de bataille)* au développement du tourisme (Tourisme : luxe, calme et fragilité) en passant par le pari de la réussite de la stratégie de promotion des exportations fondée sur la zone franche (Industrie : Le cercle des poètes), ce Hors-série revient sur l’état des lieux des institutions (« Les éclaireurs du développement ») et de l’économie de l’île soeur au moment de l’indépendance, et sur les raisons qui ont motivé les choix politiques et économiques.

Le développement économique est étroitement lié à l’ouverture de Maurice, ouverture qui s’est également traduite par une coopération régionale accrue avec les voisins de la région, même si les relations (strictement) commerciales restent relativement réduites comparées aux relations avec le reste du monde (9% des exportations). L’article « Coopération régionale : la saison de la cueillette » retrace brièvement l’historique des relations de Maurice avec les pays et organisations internationales de la zone (OUA-SADC-COMESA-COI…). Ce modèle de développement extraverti, reposant largement sur la zone Franche d’exportation et le tourisme, a évidemment nécessité la multiplication des liaisons maritimes, permise par la croissance de la flotte commerciale et l’évolution du droit maritime, d’une part (« Secteur maritime : le vent en poupe ») ; le développement des infrastructures aéroportuaires et la diversification des liaisons aériennes, d’autre part (« Aviation : The airport’s spreading wings… »).

Plusieurs articles traitent des changements institutionnels, constitutionnels (26 modifications en 40 ans), législatifs, ainsi que des mutations sociales qui ont accompagné le développement économique. D’autres pointent les faiblesses du système éducatif mauricien aux niveaux primaire, secondaire et supérieur, qu’il s’agisse l’enseignement général (« The way to growth » ; « campus en péril ») ou technique (« Technical education : Perception and prejudice »).


Les aspects culturels sont également abordés. La langue créole (« Identité : le créole se fait avenir »), la littérature (« Culture : les passerelles de la rencontre »), la presse (« Presse : le ciment de la Nation ») etc…ont contribué à créer un « consensus minimal », une vision commune partagée, dans une société multiculturelle où la cohésion sociale a souvent été menacée par le « communalisme » et par des inégalités sociales marquées, une frange importante de la population ne bénéficiant pas (encore…) des fruits de la croissance. Une enquête réalisée par la SOFRES (« Enquête sur les Mauriciens : des doutes et des espoirs ») montre que le sentiment d’appartenance s’affirme et que les barrières entre communautés s’estompent…

* Cliquez sur les liens pour accéder aux articles

- Télécharger l’intégralité du document.
- Accéder aux publications et aux "economic and social indicators" du Central Statistical Office of Mauritius.


Françoise Rivière.

jeudi 29 novembre 2007

Francophonie(s) : un état des lieux...

Discours de remerciement de Charles Bonn - Légion d'honneur remise le 14 nov. 2007 à Lyon.

Le 14 novembre dernier, dans les salons de l'Université Louis Lumière Lyon 2, Azouz Begag remettait à Charles Bonn - éminent professeur de l'Université francophone en France, spécialiste des "littératures maghrébines d'expression française" - la médaille de la légion d'honneur. Lors de son discours de remerciement, Charles Bonn proposa de souligner quelques traits du triste état de la francophonie dans l'enseignement français, et ainsi de (re)mettre en perspective les enjeux "parfois suicidaires" des politiques culturelles françaises à l’étranger.
Malgré une certaine représentativité et notoriété d'auteurs tels que Tahar Ben Jelloun, Assia Djebar ou Azouz Begag dans la vie publique nationale, dans son discours, Charles Bonn fait remarquer l'absence paradoxale des textes de ces mêmes auteurs dans l'enseignement français : absence dans les concours publiques (CAPES, agrégation, etc.), manque de reconnaissance de la part des instances universitaires, etc. En France, la francophonie serait-elle boudée ? Pourquoi ? Peut-être parce qu'elle exclut la fixité, en explosant les frontières... Peut-être parce que, du fait même des mouvements transnationaux et transculturels qui la fondent, elle remet en question la notion dangereusement sécurisante et très en vogue d'"identité nationale"...

Quelques photos de la soirée :
Legiond'honneur 2007 (album de Charles BONN)

En cette période chargée d'interrogations concernant l'avenir des universités françaises, je vous propose de lire ces quelques mots qui permettent de mettre en lumière d'autre maux, ceux de la francophonie dans le système éducatif de la France, et d'une manière plus générale, dans la vie culturelle française :

"Mot de remerciement" (par Charles Bonn)* :
C’est avec beaucoup d’émotion que je voudrais d’abord remercier Azouz.
Cette décoration qu’il vient de m’accrocher est pour moi le résultat d’une amitié vieille de plus de trente ans, puisqu’elle est antérieure à la publication du
Gône du Chaâba, dont j’avais lu le manuscrit avant de suivre, pas à pas, l’ascension littéraire de l’auteur. Ce qui m’a permis bien sûr de faire cours sur son œuvre, et de lui demander de temps en temps de venir parler à mes étudiants, qu’il enthousiasmait à chaque fois.
Si le temps ne m’était pas compté je pourrais raconter – moins bien que lui –, une foule de souvenirs communs fort pittoresques, parmi lesquels des aventures cocasses avec la police aux frontières américaine peu après le 11 septembre. Et l’on sait qu’une fois ministre il a remis ça depuis, mais sans moi cette fois !
Plus sérieusement je devrais parler aussi de collaborations universitaires, comme ce groupe de recherches sur la migration (le GREMMM) que nous avions fondé ensemble avec quelques amis comme Abdellatif Chaouite en 1984-85, ou encore plus récemment l’UE libre « L’Autre et la Migration » qu’il assura avec Latif, Nadine et moi jusqu’à sa nomination comme ministre, laquelle ne l’empêcha pas de tenir à corriger lui-même ses copies, occasion d’une fête bien joyeuse lorsqu’il vint un soir les chercher chez moi.

Je voudrais aussi, plus ému encore, remercier mon amie Pascale, qui s’est mise un peu à l’écart là-bas près de la fenêtre. C’est elle qui me fit connaître Azouz en 1983, avant que je la perde de vue pour la retrouver par hasard à la sortie d’un spectacle 20 ans plus tard. C’est elle surtout qui m’a patiemment redonné confiance en moi durant ces dernières années où ma place à l’université Lyon 2 était souvent loin d’être évidente, et où le doute sur la validité de ce que j’avais à dire m’assaillait souvent.

Dans ce contexte très affectif je voudrais dire maintenant en quelques mots comment je perçois cette décoration par laquelle je reste encore bien surpris.

Quand on m’a annoncé en janvier dernier, au moment de mon départ à la retraite, que quelque chose se préparait en ce sens au Ministère de la Promotion de l’égalité des chances, et une fois la surprise passée, j’ai d’abord pensé à ma mère et à ma soeur, ici présentes, que cette récompense allait consoler en partie de la mort brutale de mon frère l’été dernier. Le malheur indicible, tant pour elles que pour moi, trouvait ainsi une sorte de contrepoint qui nous fut salutaire.

Pourtant en même temps que ce bonheur m’assaillirent les doutes : cette décoration n’était-elle pas dans une certaine mesure une récupération politique ? J’ai en effet toujours voté à gauche, et mon travail pour la reconnaissance de littératures plus ou moins bannies du système universitaire français procédait même d’un militantisme que l’on pourrait situer un peu plus à gauche encore…
Mais je me suis aperçu très vite que la signification politique d’une telle décoration dépassait de beaucoup le cadre de mes convictions personnelles, pour consacrer au contraire le travail collectif et combien difficile de quelques collègues avec moi pour cette reconnaissance par l’enseignement universitaire français des littératures produites par nos anciennes colonies ou par l’immigration qui en est issue.
Or il faut bien reconnaître que mis à part l’enthousiasme des trois premières années de la Présidence de François Mitterrand, qui virent entre autres le surgissement des « radios libres », la « marche des beurs » et les débuts, en 1983 encore, de ce qu’on a appelé la « littérature de la seconde génération de l’immigration », la gauche a ensuite fait fort peu de choses sur ce plan, même si Mitterrand a développé les instances d’une Francophonie officielle, « présentable », qui n’a rien à voir avec cette Francophonie réelle, plus humble, pas officielle du tout, dont nous sommes quelques-uns à nous occuper sans trop de moyens « sur le terrain ». Terrain de la reconnaissance des textes trop souvent bannis dont j’ai déjà parlé. Terrain aussi de la direction parfois laborieuse des très nombreuses thèses proposées par des étudiants ex-colonisés, majoritaires dans la plupart des troisièmes cycles littéraires français, où ils ne trouvent pas les directeurs compétents que l’institution a oublié de former ou de recruter pour les accueillir.

Je reçois donc cette décoration comme la consécration d’un travail collectif, qui n’est ni de droite ni de gauche, mais qui milite pour la prise en compte en France de notre mémoire. Ce n’est pas parce que la colonisation, ou la manière dont on gère l’immigration, sont difficiles à admettre pour nos bien-pensances actuelles, qu’il faut faire la politique de l’autruche et les ignorer, entre autres dans nos programmes universitaires.
Reconnaissance aussi d’un travail collectif plus vaste, militant non seulement pour l’acceptation d’une mémoire, mais aussi plus globalement pour la prise en compte du réel qui nous entoure, dans l’enseignement littéraire français. Réel d’une société métissée qui ne veut pas le reconnaître, réel dans la relation de la littérature avec un monde qui change, réel aussi d’une langue, tout aussi métissée que la société qu’elle reflète.
Pour illustrer ceci je citerai l’incompréhension médusée de mes collègues étrangers, par exemple lors de ce colloque à Copenhague d’où je reviens tout juste et qui portait précisément sur les expressions littéraires des immigrations en Europe, lorsque je leur ai répété qu’en France je m’étais entendu dire qu’enseigner la Francophonie à l’Université n’avait guère d’intérêt puisque ça ne préparait pas à notre sacro-sainte Agrégation.
Ou encore lorsque j’ai dû leur expliquer que la 9ème et la 10ème sections du CNU (« Littérature française » et « Littératures comparées », au Conseil national des universités, pour les profanes heureusement nombreux dans cette salle) se renvoient depuis toujours la balle d’une Francophonie inclassable et donc inutile.
Ou encore lorsqu’il m’a fallu leur avouer avec honte que très souvent le comparatisme littéraire français exclut la Francophonie avec la question rituelle : « Vous comparez quelle langue à quelle langue ? ». Qui ne voit en effet qu’une telle question fait des sections de littérature comparée l’annexe dévalorisée des départements de langues, alors même que les auteurs étrangers des questions d’agrégation y sont néanmoins étudiés en traductions ? Ne serait-il pas plus réaliste, me disent alors mes collègues étrangers avec un bon sens sans doute trop évident pour nos subtilités françaises, de reconnaître que le français de Chamoiseau n’a rien à voir avec celui d’Azouz Begag ou celui de Réjean Ducharme, ou que la Francophonie comme rencontre de cultures permet des comparaisons bien plus riches et diversifiées, et de plus actuelles, que celles d’un comparatisme se limitant frileusement à l’Europe ? De reconnaître enfin que par son actualité même la Francophonie permet cette prise en compte du réel dont j’ai déjà parlé, et grâce à laquelle nombre d’étudiants viennent à la littérature française par le biais de la Francophonie, dont plus d’un collègue américain me dit qu’elle a sauvé dans son université un enseignement du français littéralement saboté par des politiques culturelles françaises à l’étranger parfois suicidaires.
Et lorsqu’enfin ces collègues étrangers m’achèvent en me demandant de leur expliquer la contradiction qu’il y a entre attribuer le Prix Goncourt à Tahar Ben Jelloun, élire Assia Djebar à l’Académie française, nommer Azouz Begag ministre (même si c’est en le privant de tout moyen d’action et d’expression), et exclure leurs textes des programmes universitaires, je n’ai plus alors qu’à me taire…

J’ai été sans doute un peu trop polémique, et je vous prie de m’en excuser. Mais la reconnaissance que me donne Azouz avec cette décoration, le fait que cette reconnaissance me vienne de lui, car nous sommes tous deux un peu ce
Mouton dans la baignoire qui donne son titre à son dernier livre, m’imposent en quelque sorte de donner voix à des évidences parfois douloureuses dont cette décoration que je reçois devient pour moi la parole.

Je pense que le fait que vous soyez venus si nombreux, malgré les grèves et le froid, montre qu’un certain nombre parmi vous pensent sur ces questions comme moi. Je suis particulièrement heureux de ce point de vue de voir ici certains de mes anciens étudiants, ou encore mes deux fils et ma belle-fille Anne, dont je sais qu’ils attendaient de moi ce que je viens de dire.
Quant à ceux qui ne partagent pas mes prises de position parfois véhémentes, je les remercie d’être venus au moins par amitié, loin de tout sectarisme. Amitié que nous partageons tous ici avec émotion, et de laquelle je vous remercie tous et toutes avec gratitude
[...]...

* Je tiens à remercier Charles Bonn de m'avoir autoriser à publier ici son discours...

mardi 20 novembre 2007

Hypothèse des internautes : une valise rouge ?

"La valise rouge, ou le hors champ", analyse d'images par A. Gunthert.


"Déjà signalé sur ce blog, le buzz d'une image fixe est beaucoup moins facile à évaluer que celui d'une vidéo. En l'absence de carrefours d'audience tels YouTube ou Dailymotion, sans compteur de vues ni situation chronologique, la surveillance de la circulation d'une photographie reste une affaire qui relève du connoisseurship plus que d'une approche méthodique. En la matière, toutefois, un signe ne trompe pas. La rapidité de sa reproduction en des lieux divers est un indicateur fiable de son caractère viral.

Si j'en crois mes outils de veille, les premiers signaux d'une circulation accélérée permettent de désigner sans trop de risque d'erreur la prochaine image qui buzze: le vidéogramme d'une conversation Bush-Sarkozy apparemment diffusé par CBS, apparu hier sur le blog du journaliste Serge Faubert, repris sur celui de Sébastien Fontenelle, et irriguant dès ce matin divers sites, forums et autres réseaux sociaux (ci-dessus, image de gauche).

Désignée d'un cercle, la valise rouge qui supporte Nicolas Sarkozy lui permet de dialoguer à hauteur compatible avec George Bush. On se souvient du débat provoqué par une autre photographie d'un tête-à-tête entre les deux présidents, en septembre 2006 (ci-dessus, image du milieu), qui avait alimenté les spéculations. Cette image semble livrer la clé de l'énigme et reconstituer un hors champ qui paraît un élément récurrent des rencontres entre les deux hommes.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Un commentaire sur l'Ashram de Swâmi Petaramesh, qui reprend lui aussi cette image (merci à ec pour son signalement), permet de remonter un pas plus loin. Selon le site Sarkozeries, dans un billet daté de cette nuit, cette photographie est un montage humoristique, qui a remplacé les têtes des interlocuteurs originaux (ci-dessus, image de droite) par celles des présidents américain et français.

MaJ - 20h Le constat en fin de journée est celui d'une dissémination parallèle de l'image et de l'indication de sa véritable source. Guy Birenbaum a même inversé la présentation des deux images, affichant d'abord la photo non montée. Il est probable que le buzz va se ralentir et rester confiné à l'espace du gag. La leçon qu'on retiendra pour l'instant de ce cas, l'un des rares exemples de manipulation délibérée interne au monde web, c'est l'efficacité et la rapidité de sa capacité d'autocontrôle. Moins de 24 h après le début de sa dissémination, l'image a vu son interprétation systématiquement corrigée: la plupart des sites qui en faisaient mention ce matin ont procédé à une mise à jour. Il faut noter le caractère bienveillant de l'intervention des commentateurs, soucieux (comme ec ci-dessous) d'éviter au blogueur de commettre une erreur. Si ce constat pouvait être généralisé, il permettrait de situer la clé de cette autocorrection dans un fort sentiment de communauté."

André Gunthert, "La valise rouge ou le hors champs", 2 nov. 2007.

jeudi 25 octobre 2007

Ministère du tourisme et des ballades aériennes

"Et la France réinventa l'expulsion aérienne"

Histoire d’éviter les incidents sur les vols commerciaux, l’inventive Police aux frontières a eu l’Idée. Dédier un avion spécial aux reconduites à la frontière des étrangers expulsables. Discret, brillant et effectif depuis le 6 octobre.

Que de mauvais procès intentés à Brice Hortefeux, titulaire de l’envié maroquin de ministre de l’Immigration, de l’identité nationale, et dépendances. Les journaux glosent sur sa loi sur l’immigration, arguant que c’est l’énième et que les tests ADN sont une abomination ; Les associations de droits-de-l’hommiste crient aux rafles à chaque arrestation de sans-papiers ; et même le bon citoyen lambda, parfois passager d’un vol où prend place un « expulsable », s’insurge…

Bon, la polémique dans les journaux sur les tests ADN, malgré de téméraires pétitions, touche à sa fin. Demeurent les incorrigibles (irrécupérables ?) droits-de-l’hommistes et les gentils français qui s’offusquent. À tort, évidemment !

Et les documents dénichés par Bakchich le prouvent, la police prend grand soin, tant des « étrangers en situation irrégulière », que de ses propres ouailles.

Afin de tranquilliser tout ce beau monde, la maison poulaga a investi, tout simplement dans un « avion pour le transfert des étrangers en situation irrégulière », se félicite le Sicop (service d’information de la communication de la police nationale). Et le zinc a tout lieu de faire la fierté de la flicaille, qui en publie même photos et plans.

L’aéronef, « un bi-moteur de 19 places de types Beechcraft » peut atteindre la vitesse de 510 km/h en haute altitude, dispose d’une autonomie de vol« à la charge maximale, soit 19 passagers : 2 heures, autonomie maximale avec 11 passagers, 4h30 ». Pas un gros porteur mais des qualités appréciables et appréciées !

Depuis sa mise en service le 6 octobre dernier, le nouveau joyau de la police aux frontières, a réussi avec brio sa première mission, « transférer de l’hôtel de police de Caen au centre de rétention administration de Toulouse six roumains en situation irrégulière ». Mission remplie « sans incident » (voir image ci-contre).

Et la Police aux frontières (PAF) est bonne camarade. Les copains pourront aussi s’amuser avec le joujou. « Destiné essentiellement à assurer le transfert et l’éloignement des étrangers en situation irrégulière, il peut également être mis à disposition des autres directions ». À condition de demander gentiment à « l’Etat major de la DCPAF (direction centrale de PAF) ».

Des sans papiers discrètement et confortablement « raccompagnés », des vols commerciaux désencombrés, qui pourrait encore se plaindre ?

Seul petit souci, pour atteindre la barre des 26 000 expulsions annuelles, la flottille de la Paf devra s’étoffer…

Article publié le mercredi 24 octobre 2007, par Xavier Monnier
Bakchich.info : http://www.bakchich.info/article1815.html

samedi 22 septembre 2007

A lire...



Publication d'un article sur Jean Lods sur le site Mondes Francophones (www.mondesfrancophones.com) :

A l'occasion de la récente sortie du document audio Les Dossier de l'ARCC n° 40 : "1946-2006 : bilan et perspectives. Regards croisés des Réunionnais de la diaspora", et dans l'attente de la parution prochaine de l'entretien avec Nabile Farès, Monique Agénor et Jean Lods, je vous propose de lire en ligne un article portant sur l'un de ces auteurs : "Jean Lods, la possibilité d'un exil rayonnant ouvert à la rencontre" (il s'agit de la transcription de la piste 2 du CD n° 2 des Dossiers de l'ARCC n° 40).

A noter également, toujours concernant Jean Lods, la mise en ligne d'un site portant sur sa vie et son oeuvre : D'Une Rive à l'Autre.

Liens (à copier/coller) :
- Article sur Jean Lods : http://www.mondesfrancophones.com/espaces/Creolisations/articles/exil-et-litterature
- Site sur Jean Lods : http://dunerivelautre.free.fr/

Pour se procurer Les Dossiers de l'ARCC n° 40 : http://www.arcc.asso.fr/

lundi 10 septembre 2007

Parce qu'un cinéma réunionnais manque cruellement ?

A la suite de la diffusion sur le net de quelques oeuvres détournées par des réunionnais, et aux heures de la diffusion, à la télé cette fois, d'une nouvelle production nationale (Les Mariés de l'île Bourbon), il conviendrait de s'interroger sur ce qui semble être, paradoxalement, à la fois une marque de créativité et une carence artistique : le cinéma fait à La Réunion n'est pas un "cinéma réunionnais", et le cinéma réunionnais (entendons en créole réunionnais) qui circule sur le net n'est pas un cinéma fait à La Réunion. Etrange chassé-croisé d'une production artisique qui semble se chercher : qu'est-ce qui est réunionnais ? Le mot ou l'image ? Et pourquoi pas les deux ?

Actuellement, il ne circule pas entre les réseaux créés sur la toile des films faits à La Réunion, mais des films en créole de La Réunion ; des films qui n'ont de créole que la langue. Toute la différence réside dans le fait que ces films ne proposent pas d'images originales, mais des (re)montages et des (re)sonorisations d'images déjà existantes, et archi-connues. Il circule donc des reprises de films (courts ou longs) aux bandes sonores détournées... ou plus justement : réorientées. Je pense par exemple à la série Les Lascars (renommée "Les Lascars 974") dont un grand nombre d'extraits et d'épisodes ont été re-sonorisés (cf. ci-dessous), ou encore au non moins original "Matrix ton monmon", tiré du film Matrix donc, et qui "fait son tabac".


(cliquez 2 fois sur la vidéo pour la visionner)

Lorsque je vois "Les Lascars 974" ou "Matrix ton monmon", inévitablement, je pense à une autre expérience de traduction, officielle et légale celle-là : le télénovela intitulé Marimar, diffusé sur des ondes locales pendant de nombreux mois (avec le succés mitigé qu'on lui connaît). Mais je pense aussi (et ça n'est plus là une histoire de bande sonore mais de paysages), au succès des "films-karatés" diffusés sur une télé locale ayant depuis subie un KO technique et politique. Comment expliquer le succès de Marimar et de ses compères ? Comment expliquer celui de Bruce Lee et de ses camarades ? "On" dit : une ressemblance de paysages géographiques et mentaux ("on" pense aux champs de canne ou au goût pour les commérages et autres ladilafé) ; "on" pense à des thèmes politiques, à la manière dont les premiers films de Bruce Lee, par exemple, relatent la lutte d'ouvriers chinois en prise avec une société oppressive et éttouffante (chômage, pressions sociales, brimades, etc.).
Mais l'orignalité des oeuvres (re)sonorisées (oui, il convient de les penser comme des oeuvres à part entière comme le sont toutes les oeuvres ayant pour technique le recyclage par exemple*), réside essentiellement dans le choix des références : pourquoi Les Lascars ? pourquoi Matrix (cf. ci-dessous) ? Pourquoi l'univers des banlieues parisiennes ? Pourquoi un univers virtuel, parrallèle ?


(cliquez 2 fois sur la vidéo pour la visionner)

Le point commun qu'il y a entre ces deux références, est qu'à chaque fois il y a porté à l'écran un regard décentré sur une société : celui des banlieues nord de Paris situées au-delà du périphérique, comme La Réunion est au-delà des mers ; et celui d'un monde de l'au-delà, périphérique à la réalité, comme la société réunionnaise semble être pensée en marge de celle de la France continentale. La Réunion serait-elle un monde français parallèle ? Alors, qui est "Mr. Smith", le méchant démultiplié de Matrix ? Un étranger venu de l'au-delà, dans l'au-delà, pour rétablir l'ordre et la sécurité peut-être... Bien plus que de simples blagues pou fé ri les dents, ces deux reprises cinématographiques véhiculent - volontairement ou non - des messages forts. Ils questionnent : qui sommes-nous ? Nous qui avons une langue pour nous dire, pour parler de nous-mêmes, mais qui n'avons pas d'images pour nous montrer ?

C'est qu'il semble y avoir un besoin : celui de pouvoir voir et entendre, des images et des mots, plus proches d'un quotidien où il n'y a ni grattes-ciel, ni tour Eiffel, ni capes et épées... La production cinématographique "réunionnaise" (celle qui circule sur le net en tout cas), marque le besoin d'émettre un discours sur cette société, mais en en détournant d'autres déjà existants, marqueurs d'autres sociétés. Faut-il y voir symptôme ? Celui d'un monde qui ne parvient pas pleinement à fabriquer ses propres outils, ses propres codes - cinématographiques et picturaux ? - pour parler de Soi et préfère, pour le moment, les emprunter à d'autres ? Nous sommes dans la matrice d'un discours qui, tout en étant audible, reste invisible : où sont les images des réunionnais et de La Réunion ? Elles se devinent par supperpositions langagière et imaginaire d'images produites ailleurs, répondant à d'autres besoins. Elles se devinent, sous les plis d'un discours en créole, apposé à des images propres à d'autres imaginaires. C'est peut-être en ce sens qu'il faut comprendre la "créolisation" de Matrix : au cinéma (ce qui sous-tend dans l'imaginaire), La Réunion n'existe que dans un monde parallèle... il suffit de se (re)plonger dans une série comme Les Secrets du volcan pour s'en convaincre : le réunionnais, c'est l'homme de l'ailleurs, celui qui vit dans les bois des hautes montagnes, répandant du safran sur les cadavres des Blancs venus troubler sa quiétude de bon sauvage... Il n'y a guère que l'île qui existe, on la voit, mais on ne l'entend pas, ses habitants restent muets comme muselés par une production qui a fait le choix d'une exotisation : belles cases, belles plages, belles montagnes, etc. Mais les hommes et les femmes qui habitent ces beaux paysages ? Tous des sorciers cultivant "la datooora" ? Ce n'est pas du délire : "Les Lascars 974" et "Matrix ton monmon", avec tous les défauts dont on pourrait les affubler, et sans même qu'ils ne prennent la peine de montrer une seule image de La Réunion, semblent bien mieux parler de l'île que ces images tropicales destinées à d'autres qui se refusent à prendre en compte sa réalité culturelle et sociale. Le point de vue peut faire débat, mais il me semble que Keanu Reeves est ici bien plus crédible dans son rôle de créole que ne l'étaient Véronique Jannot ou Corinne Touzet dans les leurs... La goyave d'Amérique serait-elle encore plus grosse que celle de France ?

HS.

* Recyclage : technique cinématographique qui consiste à se servir d'oeuvres antérieures exitantes pour créer, par le montage et/ou le collage, un nouveau film (voir à ce sujet les travaux de Nicole Brenez : "Montage intertextuel et formes contemporaines du remploi dans le cinéma expérimental", in CiNéMAS, vol. 13, nos 1-2, 2002, pp. 49-67).

lundi 16 juillet 2007

Entre la Lousiane et la Réunion...

Nouvelle publication de Stéphane Hoarau sur Mondes Francophones

Désireux d'établir des ponts entre deux régions du monde (francophone) qui me tiennent particulièrement à coeur, j'ai écrit un petit article sur deux écrivains originaires de la Louisiane et de la Réunion, respectivement Kirby Jambon et Jean-Louis Robert.

Je vous propose donc de découvrir cet article à l'adresse suivante :
http://www.mondesfrancophones.com/espaces/Creolisations/articles/lecture-croisee-jambon-robert
(rubrique "nouveautés" ou "articles" sur www.mondesfrancophones.com)

Pour lire mes autres textes publiés sur ce site, se rendre à l'adresse suivante : http://www.mondesfrancophones.com/author/shoarau

Bonne lecture !

Kèl Kozman ? / Quelle parole ?

Entre l'île de La Réunion, Paris, et bien d'autres lieux dans le monde, je vous propose, via ce petit blog, de découvrir quelques artistes, publications, événements, etc. qui se rapportent tous à la culture. Une culture alter-..., c'est-à-dire, une culture différente, qui ne se découvre pas dans les magasines pipoles ou dans les écrans des tévés - ni même sur les affiches publicitaires - mais une culture qui tisse des liens entre les humanités, qui vit et que nous faisons vivre de manière originale et singulière dans nos quotidiens respectifs, à travers le monde, à travers les mondes : francophones, créolophones, etc.

Au plaisir de vous rencontrer lors d'une manifestation ou dans l'un des ateliers présentés,
Bien à vous,


Stéphane Hoarau.