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samedi 18 avril 2009

Point d'orgue, une nouvelle revue pour l'Océan Indien

Maloya.org lance sa revue papier !

Très prochainement, vous pourrez vous procurer, dans tous les points de vente de France et de La Réunion, cette nouvelle revue que lance l’équipe de Maloya.org : Point d’orgue, revue créole de l’Océan Indien.

Le numéro 1 de la revue (avril 2009) s’intitule "Far-far", du nom du grenier-péï qui sert à entreposer les denrées. La raison en est toute simple : Point d’orgue a vocation à archiver la mémoire de Maloya.org : ses tribunes, ses expos, ses portraits d’artistes, etc.

Vous trouverez également au fil des 94 pages de Point d’orgue un grand choix de textes inédits : de Monique Agénor, de Jean-Louis Robert, le discours de la remise du Nobel de JMG Le Clézio (dédicacé, entre autres, à "Danyèl Waro l’insoumis"), et de nombreux autres documents (BD, etc.).

Informations pratiques :
Point d’orgue, revue créole de l’Océan Indien, numéro 1 : "Far-far", avril 2009, 94 pages.
ISBN : 2-910791-64-5 (6€)

***

Pour toute information complémentaire (où se procurer la revue, etc.), se rendre sur :

www.maloya.org

lundi 15 décembre 2008

Publications électroniques de thèses...

« Publication électronique de thèses et mémoires de recherche »
Appel à contribution, Calenda
(publié le vendredi 05 décembre 2008)

Nous invitons tous les auteurs de thèses et mémoires relevant du domaine des études françaises et francophones à soumettre leurs travaux à notre site sans papier, afin de constituer une archive électronique de la recherche doctorale dans les disciplines concernées. Les paragraphes qui suivent décrivent le projet plus précisément.

En avril 2008, avec le soutien de l’Ambassade de France aux Etats-Unis, le centre French Studies de Cornell University a lancé un site électronique nommé sans papier. Le projet est d’ouvrir un espace éditorial en ligne pour les « pré-publications » de textes de recherche ayant trait aux mondes français et francophones, dans toutes les disciplines pertinentes. Alors que le délai moyen entre l’envoi d’un article à une grande revue et l’éventuelle parution est désormais de deux ans (avec des pics à quatre ou cinq ans…), période pendant laquelle le travail devient inaccessible. sans papier permet aux auteurs, sous le mode de la gratuité et de l’ouverture du savoir, de rendre immédiatement lisible leur recherche, de partager des hypothèses encore en cours, de délivrer un premier état de leur réflexion.

Nous avons jusqu’à présent concentré nos efforts sur les articles, mais nous nous proposons actuellement de lancer une nouvelle collection électronique regroupant des travaux de recherches sanctionnés par des diplômes de l’enseignement supérieur. Les mémoires et a fortiori les thèses de doctorat sont le résultat d’une longue enquête, et, dans les cas – minoritaires – où ils trouvent un éditeur, un « allègement » est le plus souvent nécessaire. Si le processus de révision peut permettre à un exercice universitaire de devenir un véritable livre, il s’accompagne pourtant d’une relative et inévitable déperdition. Par ailleurs, le contexte de l’édition traditionnelle n’est guère adapté au fort nombre de travaux de recherche, qui ne trouvent pour la plupart pas de « débouché » en version papier. Ainsi, les thèses ont aujourd'hui un statut semi-officiel : elles existent en quelques exemplaires dans des bibliothèques et sont consultables de fait, mais de manière limitée, et très difficilement en dehors des limites nationales. Les mémoires ont une existence encore plus locale.

L’idée serait de mettre en ligne, via notre site "sans papier" [cf. lien ci-dessous], ces textes qui circulent déjà, mais si mal – et d’ainsi leur conférer un lectorat élargi en attendant une éventuelle révision pour publication. Nous accepterions tous les mémoires et thèses soutenus avec succès dans l’enseignement supérieur, portant sur les mondes français et francophones, sans distinction de disciplines. sans papier est pour l’instant une collection acceptant des textes en français et en anglais seulement, mais une extension à d’autres langues serait envisageable pour cette collection. Une fois soumis, les fichiers seraient disponibles pour un téléchargement gratuit à partir de sans papier (sous forme de plusieurs fichiers pdf sécurisés). Le copyright reste l’entière propriété des auteurs qui ont donc la possibilité de signer ultérieurement un contrat d’édition sans qu’il y ait conflit d’intérêt. Si l’éditeur le demandait, nous retirerions le fichier textuel de notre site, tout en gardant sa description et offrant, à parution, un lien avec le bon de commande de l’ouvrage.

Le conditionnel est de mise car nous voulons pour l’instant éprouver la viabilité de la collection, et nous demandons aux auteurs éventuels de nous contacter avant le 15 février prochain. Si la réponse est à la hauteur de nos espérances, nous inaugurerons cette nouvelle extension du site au printemps 2009. Dès lors, il serait possible de soumettre des travaux tout au long de l’année ou presque. Nous constituerions également un groupe de conseillers pour la collection, dont le but serait à la fois d’apporter une caution universitaire supplémentaire et, autant que possible, faciliter un débouché éditorial pour les recherches les plus remarquables.

A ce stade, nous demandons à toutes les personnes intéressées de contacter, par courrier électronique, Laurent Dubreuil, professeur d’études romanes et de littérature comparée et éditeur en chef de sans papier [ld79@cornell.edu], avec en copie les co-éditeurs [cf92@cornell.edu]. Le message doit indiquer comme sujet « sans papier » puis le titre abrégé de la thèse. Comme pièces jointes, nous souhaiterions obtenir la position de thèse ou tout résumé équivalent d’une à cinq pages, une table des matières ainsi que la copie électronique du diplôme ou du rapport de thèse. Il n’est pas utile pour l’instant de nous faire parvenir le texte complet. Nous reviendrons le cas échéant vers les contributeurs. Pendant ce temps, sans papier reste évidemment ouvert à l’envoi d’articles, selon les modalités indiquées sur notre site et accueille volontiers toute pré-publication de plus courts essais.

Date limite : dimanche 15 février 2009

Url de référence : "sans papier"

Contact / Source de l'information : Laurent Dubreuil (ld79@cornell.edu)

mercredi 10 décembre 2008

Discours de JMG Le Clézio au Nobel

Voilà de quoi dérouler un peu la longueur de ce blog : le discours de Jean-Marie G. Le Clézio prononcé ce dimanche 7 décembre 2008 à l'Académie de Suède. Ce blog étant essentiellement - mais pas seulement - tourné vers les cultures de l'océan Indien, je me dois de souligner ici la dédicace du Nobel 2008 aux figures, entre autres lieux du monde, de cet océan : à Malcom de Chazal, le "très grand Mauricien", à Danyèl Waro, "l'insoumis"...

Bonne lecture.

***

Pourquoi écrit-on ? J'imagine que chacun a sa réponse à cette simple question. Il y a les prédispositions, le milieu, les circonstances. Les incapacités aussi. Si l'on écrit, cela veut dire que l'on n'agit pas. Que l'on se sent en difficulté devant la réalité, que l'on choisit un autre moyen de réaction, une autre façon de communiquer, une distance, un temps de réflexion.
Si j'examine les circonstances qui m'ont amené à écrire – je ne le fais pas par complaisance, mais par souci d'exactitude – je vois bien qu'au point de départ de tout cela, pour moi, il y a la guerre. La guerre, non pas comme un grand moment bouleversant où l'on vit des heures historiques, par exemple la campagne de France relatée des deux côtés du champ de bataille de Valmy, par Goethe du côté allemand et par mon ancêtre François du côté de l'armée révolutionnaire. Ce doit être exaltant, pathétique. Non, la guerre pour moi, c'est celle que vivaient les civils, et surtout les enfants très jeunes. Pas un instant elle ne m'a paru un moment historique. Nous avions faim, nous avions peur, nous avions froid, c'est tout. Je me souviens d'avoir vu passer sous ma fenêtre les troupes du maréchal Rommel remontant les Alpes à la recherche d'un passage vers le nord de l'Italie et l'Autriche. Cela ne m'a pas laissé un souvenir très marquant. En revanche, dans les années qui ont suivi la guerre, je me souviens d'avoir manqué de tout, et particulièrement de quoi écrire et de quoi lire. Faute de papier et de plume à encre, j'ai dessiné et j'ai écrit mes premiers mots sur l'envers des carnets de rationnement, en me servant d'un crayon de charpentier bleu et rouge. Il m'en est resté un certain goût pour les supports rêches et pour les crayons ordinaires. Faute de livres pour enfants, j'ai lu les dictionnaires de ma grand-mère. C'étaient de merveilleux portiques pour partir à la reconnaissance du monde, pour vagabonder et rêver devant les planches d'illustrations, les cartes, les listes de mots inconnus. Le premier livre que j'ai écrit, à l'âge de six ou sept ans, du reste s'intitulait Le Globe à mariner. Suivi tout de suite par la biographie d'un roi imaginaire appelé Daniel III – peut-être était-il de Suède ? Et par un récit raconté par une mouette. C'était une période de réclusion. Les enfants n'avaient guère la liberté d'aller jouer dehors, car les terrains et les jardins autour de chez ma grand-mère avaient été minés. Au hasard des promenades, je me souviens d'avoir longé un enclos de barbelés au bord de la mer, sur lequel un écriteau en français et en allemand menaçait les intrus d'une interdiction accompagnée d'une tête de mort.
Je peux comprendre que c'était un contexte où l'on avait le désir de s'enfuir – donc de rêver et d'écrire ces rêves. En outre, ma grand-mère maternelle était une extraordinaire conteuse, qui réservait aux longues heures d'après-midi le temps des histoires. Ses contes étaient toujours très imaginatifs, et mettaient en scène une forêt – peut-être africaine, ou peut-être la forêt mauricienne de Macchabée – dont le personnage principal était un singe doué de malice, qui se sortait toujours des situations les plus périlleuses. Par la suite, j'ai fait un voyage et un séjour en Afrique, où j'ai découvert la forêt véritable, à peu près dépourvue d'animaux. Mais un D.O. du village d'Obudu, à la frontière des Camerouns, m'a fait écouter le crépitement des gorilles sur une colline voisine, en train de frapper leurs poitrines. De ce voyage, de ce séjour (au Nigéria où mon père était médecin de brousse) j'ai rapporté non pas la matière de romans futurs, mais une sorte de seconde personnalité, à la fois rêveuse et fascinée par le réel, qui m'a accompagné toute ma vie – et qui a été la dimension contradictoire, l'étrangeté moi-même que j'ai ressentie parfois jusqu à la souffrance. La lenteur de la vie est telle qu'il m'aura fallu la durée de la majeure partie de cette existence pour comprendre ce que cela signifie.
Les livres sont entrés dans ma vie un peu plus tard. C'était sous la forme de plusieurs bibliothèques que mon père avait réussi à réunir et qui provenaient de la dispersion de son héritage lorsqu'il avait été expulsé de sa maison natale à Moka (Ile Maurice). C'est alors que j'ai compris cette vérité qui n'apparaît pas immédiatement aux enfants, à savoir que les livres sont un trésor plus précieux que les biens immeubles ou que les comptes en banque. C'est dans ces volumes, la plupart anciens et reliés, que j'ai découvert les grands textes de la littérature universelle, le Don Quijote illustré par Tony Johannot, La vida de Lazarillo de Tormes ; The Ingoldsby Legends, Gulliver's Travels ; les grands romans inspirés de Victor Hugo, Quatre-vingt Treize, Les Travailleurs de la Mer, ou L'Homme qui rit. Les Contes drôlatiques de Balzac, aussi. Mais les livres qui m'ont le plus marqué, ce sont les collections de récits de voyage, pour la plupart consacrés à l'Inde, à l'Afrique et aux îles Masacareignes, ainsi que les grands textes d'exploration, de Dumont d'Urville ou de l'Abbé Rochon, de Bougainville, de Cook, et bien sûr le Livre des Merveilles de Marco Polo. Dans la vie médiocre d'une petite bourgade de province endormie au soleil, après les années de liberté en Afrique, ces livres m'ont donné le goût de l'aventure, ils m'ont permis de pressentir la grandeur du monde réel, de l'explorer par l'instinct et par les sens plutôt que par les connaissances. D'une certaine façon ils m'ont permis de ressentir très tôt la nature contradictoire de la vie d' enfant, qui garde un refuge où il peut oublier la violence et la compétition, et prendre son plaisir à regarder la vie extérieure par le carré de sa fenêtre.
Dans les instants qui ont précédé l'annonce, pour moi très étonnante, de la distinction que m'octroyait l'Académie de Suède, j'étais en train de relire un petit livre de Stig Dagerman que j'aime particulièrement : la collection de textes politiques intitulée Essäer och texter (La Dictature du Chagrin). Ce n'était par hasard que je me replongeais dans la lecture de ce livre caustique et amer. Je devais me rendre en Suède pour y recevoir le prix que l'association des amis de Dagerman m'avait donné l'été passé, afin de rendre visite aux lieux de l'enfance de cet écrivain. J'ai toujours été sensible à l'écriture de Dagerman, à ce mélange de tendresse juvénile, de naïveté et de sarcasme. À son idéalisme. À la clairvoyance avec laquelle il juge son époque troublée de l'après-guerre, pour lui le temps de la maturité, pour moi celui de mon enfance. Une phrase en particulier m'a arrêté, et m'a semblée s'adresser à moi dans cet instant précis – alors que je venais de publier un roman intitulé Ritournelle de la Faim. Cette phrase, ou plutôt ce passage, le voici : « Comment est-il possible par exemple de se comporter, d'un côté comme si rien au monde n'avait plus d'importance que la littérature, alors que de l'autre il est impossible de ne pas voir alentour que les gens luttent contre la faim et sont obligés de considérer que le plus important pour eux, c'est ce qu'ils gagnent à la fin du mois ? Car il (l'écrivain) bute sur un nouveau paradoxe : lui qui ne voulait écrire que pour ceux qui ont faim découvre que seuls ceux qui ont assez à manger ont loisir de s'apercevoir de son existence. » (L'écrivain et la conscience)
Cette « forêt de paradoxes », comme l'a nommé Stig Dagerman, c'est justement le domaine de l'écriture, le lieu dont l'artiste ne doit pas chercher à s'échapper, mais bien au contraire dans lequel il doit « camper » pour en reconnaître chaque détail, pour explorer chaque sentier, pour donner son nom à chaque arbre. Ce n'est pas toujours un séjour agréable. Lui qui se croyait à l'abri, elle qui se confiait à sa page comme à une amie intime et indulgente, les voici confrontés au réel, non pas seulement comme observateurs, mais comme des acteurs. Il leur faut choisir leur camp, prendre des distances. Cicéron, Rabelais, Condorcet, Rousseau, Madame de Staël, ou bien plus récemment Soljenitsyne ou Hwang Seok-yong, Abdelatif Laâbi ou Milan Kundera ont eu à prendre la route de l'exil. Pour moi qui ai toujours connu – sauf durant la brève période de la guerre – la possibilité de mouvement, l'interdiction de vivre dans le lieu qu'on a choisi est aussi inacceptable que la privation de liberté.
Mais cette liberté de bouger comme un privilège a pour conséquence le paradoxe. Voyez l'arbre aux épines hérissées au sein de la forêt qu'habite l'écrivain : cet homme, cette femme occupés à écrire, à inventer leurs songes, ne sont-ils pas les membres d'une très heureuse et réduite happy few ? Imaginons une situation extrême, terrifiante – celle-là même que vit le plus grand nombre sur notre planète. Celle qu'ont vécue jadis, au temps d'Aristote ou au temps de Tolstoï, les inqualifiables – les serfs, serviteurs, vilains de l'Europe au Moyen-Âge, ou peuples razziés au temps des Lumières sur la côte d'Afrique, vendus à Gorée, à El Mina, à Zanzibar. Et aujourd'hui même, à l'heure que je vous parle, tous ceux qui n'ont pas droit à la parole, qui sont de l'autre côté du langage. C'est la pensée pessimiste de Dagerman qui m'envahit plutôt que le constat militant de Gramsci ou le pari désabusé de Sartre. Que la littérature soit le luxe d'une classe dominante, qu'elle se nourrisse d'idées et d'images étrangères au plus grand nombre, cela est à l'origine du malaise que chacun de nous éprouve – je m'adresse à ceux qui lisent et écrivent. L'on pourrait être tenté de porter cette parole à ceux qui en sont exclus, les inviter généreusement au banquet de la culture. Pourquoi est-ce si difficile ? Les peuples sans écriture, comme les anthropologues se sont plu à les nommer, sont parvenus à inventer une commun- ication totale, au moyen des chants et des mythes. Pourquoi est-ce devenu aujourd'hui impossible dans notre société industrialisée ? Faut-il réinventer la culture ? Faut-il revenir à une communication immédiate, directe ? On serait tenté de croire que le cinéma joue ce rôle aujourd'hui, ou bien la chanson populaire, rythmée, rimée, dansée. Le jazz peut-être, ou sous d'autres cieux, le calypso, le maloya, le sega.
Le paradoxe ne date pas d'hier. François Rabelais, le plus grand écrivain de langue française, partit jadis en guerre contre le pédantisme des gens de la Sorbonne en jetant à leur face les mots saisis dans la langue populaire. Parlait-il pour ceux qui ont faim ? Débordements, ivresses, ripailles. Il mettait en mots l'extraordinaire appétit de ceux qui se nourrissaient de la maigreur des paysans et des ouvriers, pour le temps d'une mascarade, d'un monde à l'envers. Le paradoxe de la révolution, comme l'épique chevauchée du chevalier à la triste figure, vit dans la conscience de l'écrivain. S'il y a une vertu indispensable à sa plume, c'est qu'elle ne doive jamais servir à la louange des puissants, fût-ce du plus léger chatouillis. Et pourtant, même dans la pratique de cette vertu, l'artiste ne doit pas se sentir lavé de tout soupçon. Sa révolte, son refus, ses imprécations restent d'un certain côté de la barrière, du côté de la langue des puissants. Quelques mots, quelques phrases s'échappent. Mais le reste ? Un long palimpseste, un atermoiement élégant et distant. L'humour, parfois, qui n'est pas la politesse du désespoir mais la désespérance des imparfaits, la plage où le courant tumultueux de l'injustice les abandonne.
Alors, pourquoi écrire ? L'écrivain, depuis quelque temps déjà, n'a plus l'outrecuidance de croire qu'il va changer le monde, qu'il va accoucher par ses nouvelles et ses romans un modèle de vie meilleur. Plus simplement, il se veut témoin. Voyez cet autre arbre dans la forêt des paradoxes. L'écrivain se veut témoin, alors qu'il n'est, la plupart du temps, qu'un simple voyeur.
Témoin, il arrive que l'artiste le soit : Dante dans La Divina Commedia, Shakespeare dans The Tempest – et Césaire dans la magnifique reprise de cette pièce, appelée Une Tempête, dans laquelle Caliban, à cheval sur un baril de poudre, menace d'emmener avec lui dans la mort ses maîtres détestés. Témoin, il l'est parfois de façon irrécusable, comme Euclides da Cunha dans Os Sertões, ou comme Primo Levi. L'absurde du monde est dans Der Prozess (ou dans les films de Chaplin), son imperfection dans La Naissance du jour de Colette, sa fantasmagorie dans la chanson irlandaise que Joyce a mise en scène dans Finnegans Wake. Sa beauté brille d'un éclat irrésistible dans The Snow Leopard de Peter Matthiessen ou dans A Sand County Almanach d'Aldo Leopold. Sa méchanceté dans Sanctuary de William Faulkner, ou dans Première neige de Lao She. Sa fragilité d'enfance dans Ormen (Le Serpent) de Dagerman.
L'écrivain n'est jamais un meilleur témoin que lorsqu'il est un témoin malgré lui, à son corps défendant. Le paradoxe, c'est que ce dont il témoigne n'est pas ce qu'il a vu, ni même ce qu'il a inventé. L'amertume, parfois le désespoir, viennent de ce qu'il n'est pas présent au réquisitoire. Tolstoï nous fait voir le malheur que l'armée napoléonienne inflige à la Russie, et pourtant rien n'est changé dans le cours de l'histoire. Mme de Duras écrit Ourika, Harriet Beecher Stowe Uncle Tom's Cabin, mais ce sont les peuples esclaves qui changent leur propre destin, qui se révoltent et fondent contre l'injustice les résistances marronnes, au Brésil, en Guyane, aux Antilles, et la première république noire en Haïti.
Agir, c'est ce que l'écrivain voudrait par-dessus tout. Agir, plutôt que témoigner. Ecrire, imaginer, rêver, pour que ses mots, ses inventions et ses rêves interviennent dans la réalité, changent les esprits et les cœurs, ouvrent un monde meilleur. Et cependant, à cet instant même, une voix lui souffle que cela ne se pourra pas, que les mots sont des mots que le vent de la société emporte, que les rêves ne sont que des chimères. De quel droit se vouloir meilleur ? Est-ce vraiment à l'écrivain de chercher des issues ? N'est-il pas dans la position du garde champêtre dans la pièce du Knock ou Le Triomphe de la médecine, qui voudrait empêcher un tremblement de terre ? Comment l'écrivain pourrait-il agir, alors qu'il ne sait que se souvenir ?
La solitude sera son lot. Elle l'a toujours été. Enfant, il était cet être fragile, inquiet, réceptif excessivement, cette fille que décrit Colette, qui ne peut que regarder ses parents se déchirer, ses grands yeux noirs agrandis par une sorte d'atttention douloureuse. La solitude est aimante aux écrivains, c'est dans sa compagnie qu'ils trouvent l'essence du bonheur. C'est un bonheur contradictoire, mélange de douleur et de délectation, un triomphe derisoire, un mal sourd et omniprésent, à la manière d'une petite musique obsédante. L'écrivain est l'être qui cultive le mieux cette plante vénéneuse et nécessaire , qui ne croît que sur le sol de sa propre incapacité. Il voulait parler pour tous, pour tous les temps : le voilà, la voici dans sa chambre, devant le miroir trop blanc de la page vide, sous l'abat-jour qui distille une lumière secrète. Devant l'écran trop vif de son ordinateur, à écouter le bruit de ses doigts qui clic-claquent sur les touches. C'est cela, sa forêt. L'écrivain en connaît trop bien chaque sente. Si parfois quelque chose s'en échappe, comme un oiseau levé par un chien à l'aube, c'est sous son regard éberlué – c'était au hasard, c'était malgré lui, malgré elle.
Mais je ne voudrais pas me complaire dans une attitude négative. La littérature – c'est là que je voulais en venir – n'est pas une survivance archaïque à laquelle devrait se substituer logiquement les arts de l'audiovisuel, et particulièrement le cinéma. Elle est une voie complexe, difficile, mais que je crois encore plus nécessaire aujourd'hui qu'au temps de Byron ou de Victor Hugo.
Il y a deux raisons à cette nécessité :
D'abord, parce que la littérature est faite de langage. C'est le sens premier du mot : lettres, c'est-à-dire ce qui est écrit. En France, le mot roman désigne ces écrits en prose qui utilisaient pour la première fois depuis le Moyen Age la langue nouvelle que chacun parlait, la langue romane. La nouvelle vient aussi de cette idée de la nouveauté. A peu près à la même époque, en France l'on a cessé d'utiliser le mot rimeur (de rime) pour parler de poésie et de poètes – du verbe grec poiein, créer. L'écrivain, le poète, le romancier, sont des créateurs . Cela ne veut pas dire qu'ils inventent le langage, cela veut dire qu'ils l'utilisent pour créer de la beauté, de la pensée, de l'image. C'est pourquoi l'on ne saurait se passer d'eux. Le langage est l'invention la plus extraordinaire de l'humanité, celle qui précède tout, partage tout. Sans le langage, pas de sciences, pas de technique, pas de lois, pas d'art, pas d'amour. Mais cette invention, sans l'apport des locuteurs, devient virtuelle. Elle peut s'anémier, se réduire, disparaître. Les écrivains, dans une certaine mesure, en sont les gardiens. Quand ils écrivent leurs romans, leurs poèmes, leur théâtre, ils font vivre le langage. Ils n'utilisent pas les mots, mais au contraire ils sont au service du langage. Ils le célèbrent, l'aiguisent, le transforment, parce que le langage est vivant par eux, à travers eux et accompagne les transformations sociales ou économiques de leur epoque.
Lorsque, au siècle dernier, les théories racistes se sont fait jour, l'on a évoqué les différences fondamentales entre les cultures. Dans une sorte de hiérarchie absurde, l'on a fait correspondre la réussite économique des puissances coloniales avec une soi-disant supériorité culturelle. Ces théories, comme une pulsion fiévreuse et malsaine, de temps à autre ressurgissent ça et là pour justifier le néo-colonialisme ou l'impérialisme. Certains peuples seraient à la traîne, n'auraient pas acquis droit de cité (de parole) du fait de leur retard économique, ou de leur archaïsme technologique. Mais s'est-on avisé que tous les peuples du monde, où qu'ils soient, et quel que soit leur degré de développement, utilisent le langage ? Et chacun de ces langages est ce même ensemble logique, complexe, architecturé, analytique, qui permet d'exprimer le monde – capable de dire la science ou d'inventer les mythes.
Ayant défendu l'existence de cet être ambigu et un peu archaïque qu'est l'écrivain, je voudrais dire la deuxième raison de l'existence de la littérature, car celle-ci touche davantage au beau métier de l'édition.
L'on parle beaucoup de mondialisation aujourd'hui. On oublie que le phénomène a commencé en Europe à la Renaissance, avec le début de l'ère coloniale. La mondialisation n'est pas une mauvaise chose en soi. La communication rend le progrès plus rapide, en médecine, ou en sciences. Peut-être que la généralisation de l'information rendra les conflits plus difficiles. S'il y avait eu internet, il est possible que Hitler n'eût pas réussi son complot mafieux – le ridicule l'eût peut-être empêché de naître.
Nous vivons, paraît-il, à l'ère de l'internet et de la communication virtuelle. Cela est bien, mais que valent ces stupéfiantes inventions sans l'enseignement de la langue écrite et sans les livres ? Fournir en écrans à cristaux liquides la plus grande partie de l'humanité relève de l'utopie. Alors ne sommes-nous pas en train de créer une nouvelle élite, de tracer une nouvelle ligne qui divise le monde entre ceux qui ont accès à la communication et au savoir et ceux qui restent les exclus du partage ? De grands peuples, de grandes civilisations ont disparu faute de l'avoir compris. Certes de grandes cultures, que l'on dit minoritaires, ont su résister jusqu'à aujourd'hui, grâce à la transmission orale des savoirs et des mythes. Il est indispensable, il est bénéfique de reconnaître l'apport de ces cultures. Mais que nous le voulions ou non, même si nous ne sommes pas encore à l‘âge du réel, nous ne vivons plus à l'âge du mythe. Il n‘est pas possible de fonder le respect d'autrui et l'égalité sans donner à chaque enfant le bienfait de l'ecriture.
Aujourd'hui, au lendemain de la décolonisation, la littérature est un des moyens pour les hommes et les femmes de notre temps d'exprimer leur identité, de revendiquer leur droit à la parole, et d'être entendus dans leur diversité. Sans leur voix, sans leur appel, nous vivrions dans un monde silencieux.
La culture à l'échelle mondiale est notre affaire à tous. Mais elle est surtout la responsabilité des lecteurs, c'est-à-dire celle des éditeurs. Il est vrai qu'il est injuste qu'un Indien du grand Nord Canadien, pour pouvoir être entendu, ait à écrire dans la langue des conquérants – en Français, ou en Anglais. Il est vrai qu'il est illusoire de croire que la langue créole de Maurice ou des Antilles pourra atteindre la même facilité d'écoute que les cinq ou six langues qui règnent aujourd'hui en maîtresses absolues sur les médias. Mais si, par la traduction, le monde peut les entendre, quelque chose de nouveau et d'optimiste est en train de se produire. La culture, je le disais, est notre bien commun, à toute l'humanité. Mais pour que cela soit vrai, il faudrait que les mêmes moyens soient donnés à chacun, d'accéder à la culture. Pour cela, le livre est, dans tout son archaïsme, l'outil idéal. Il est pratique, maniable, économique. Il ne demande aucune prouesse technologique particulière, et peut se conserver sous tous les climats. Son seul défaut – et là je m'adresse particulièrement aux éditeurs – est d'être encore difficile d'accès pour beaucoup de pays. A Maurice le prix d'un roman ou d'un recueil de poèmes correspond à une part importante du budget d'une famille. En Afrique, en Asie du Sud-Est, au Mexique, en Océanie, le livre reste un luxe inaccessible. Ce mal n'est pas sans remède. La coédition avec les pays en voie de développement, la création de fonds pour les bibliothèques de prêt ou les bibliobus, et d'une façon générale une attention accrue apportée à l'égard des demandes et des écritures dans les langues dites minoritaires – très majoritaires en nombre parfois – permettrait à la littérature de continuer d'être ce merveilleux moyen de se connaître soi-même, de découvrir l'autre, d'entendre dans toute la richesse de ses thèmes et de ses modulations le concert de l'humanité.
Il me plaît assez de parler encore de la forêt. C'est sans doute pour cela que la petite phrase de Stig Dagerman résonne dans ma mémoire, pour cela que je veux la lire et la relire, m'en pénétrer. Il y a quelque chose de désespéré en elle, et au même instant de jubilatoire, parce que c'est dans l'amertume que se trouve la part de vérité que chacun cherche. Enfant, je rêvais de cette forêt. Elle m'épouvantait et m'attirait à la fois – je suppose que le petit Poucet, ou Hansel devaient ressentir la même émotion, quand elle se refermait sur eux avec tous ses dangers et toutes ses merveilles. La forêt est un monde sans repères. La touffeur des arbres, l'obscurité qui y règnent peuvent vous perdre. L'on pourrait dire la même chose du désert, ou de la haute mer, lorsque chaque dune, chaque colline s'écarte pour montrer une autre colline, une autre vague parfaitement identiques. Je me souviens de la première fois que j'ai ressenti ce que peut être la littérature – Dans The Call of the Wild, de Jack London, précisément, l'un des personnages, perdu dans la neige, sent le froid l'envahir peu à peu alors que le cercle des loups se referme autour de lui. Il regarde sa main déjà engourdie, et s'efforce de bouger chaque doigt l'un après l'autre. Cette découverte pour l'enfant que j'étais avait quelque chose de magique. Cela s'appelait la conscience de soi.
Je dois à la forêt une de mes plus grandes émotions littéraires de mon âge adulte. Cela se passe il y a une trentaine d'années, dans une région d'Amérique centrale appelée El Tapón de Darien, le Bouchon, parce que c'est là que s'interrompait alors (et je crois savoir que depuis la situation n'a pas changé) la route Panaméricaine qui devait relier les deux Amériques, de l'Alaska à la pointe de la Terre de Feu. L'isthme de Panama, dans cette partie, est couvert d'une forêt de pluie extrêmement dense, dans laquelle il n'est possible de voyager qu'en remontant le cours des fleuves en pirogue. Cette forêt est habitée par une population amérindienne, divisée en deux groupes, les Emberas et les Waunanas, tous deux appartenant à la famille linguistique Ge-Pano-Karib. Etant venu là par hasard, je me suis trouvé fasciné par ce peuple au point d'y faire plusieurs séjours assez longs, pendant environ trois ans. Pendant tout ce temps, je n'ai rien fait d'autre que d'aller à l'aventure, de maison en maison – car ce peuple refusait alors de se grouper en villages – et d'apprendre à vivre selon un rythme entièrement différent de ce que j'avais connu jusque là. Comme toutes les vraies forêts, cette forêt était particulièrement hostile. Il fallait faire l'inventaire de tous les dangers, et aussi de tous les moyens de survie qu'elle comportait. Je dois dire que dans l'ensemble, les Emberas ont été très patients avec moi. Ma maladresse les faisait rire, et je crois que dans une certaine mesure, je leur ai rendu en distraction un peu de ce qu'ils m'ont appris en sagesse. Je n'écrivais pas beaucoup. La forêt n'est pas un milieu idéal pour cela. L'humidité détrempe le papier, la chaleur dessèche les crayons à bille. Rien de ce qui marche à l'électricité ne dure très longtemps. J'arrivais là avec la conviction que l'écriture était un privilège, et qu'il me resterait toujours pour résister à tous les problèmes de l'existence. Une protection, en quelque sorte, une espèce de vitre virtuelle que je pouvais remonter à ma guise pour m'abriter des intempéries.
Ayant assimilé le système de communisme primordial que pratiquent les Amérindiens, ainsi que leur profond dégoût pour l'autorité, et leur tendance à une anarchie naturelle, je pouvais imaginer que l'art, en tant qu'expression individuelle, ne pouvait avoir cours dans la forêt. D'ailleurs, rien chez ces gens qui pût ressembler à ce que l'on appelle l'art dans notre société de consommation. Au lieu de tableaux, les hommes et les femmes peignent leur corps, et répugnent de façon générale à construire rien de durable. Puis j'ai eu accès aux mythes. Lorsqu'on parle de mythes, dans notre monde de livres écrits, l'on semble parler de quelque chose de très lointain, soit dans le temps, soit dans l'espace. Je croyais moi aussi à cette distance. Et voilà que les mythes venaient à moi, régulièrement, presque chaque nuit. Près d'un feu de bois construit sur le foyer à trois pierres dans les maisons, dans le ballet des moustiques et des papillons de nuit, la voix des conteurs et des conteuses mettait en mouvement ces histoires, ces légendes, ces récits, comme s'ils parlaient de la réalité quotidienne. Le conteur chantait d'une voix aigüe, en frappant sa poitrine, son visage mimait les expressions, les passions, les inquiétudes des personnages. Cela aurait pu être du roman, et non du mythe. Mais une nuit est arrivée une jeune femme. Son nom était Elvira. Dans toute la forêt des Emberas, Elvira était connue pour son art de conter. C'était une aventurière, qui vivait sans homme, sans enfants – on racontait qu'elle était un peu ivrognesse, un peu prostituée, mais je n'en crois rien – et qui allait de maison en maison pour chanter, moyennant un repas, une bouteille d'alcool, parfois un peu d'argent. Bien que je n'aie eu accès à ses contes que par le biais de la traduction – la langue embera comprend une version littéraire beaucoup plus complexe que la langue de chaque jour – j'ai tout de suite compris qu'elle était une grande artiste, dans le meilleur sens qu'on puisse donner à ce mot. Le timbre de sa voix, le rythme de ses mains frappant ses lourds colliers de pièces d'argent sur sa poitrine, et par-dessus tout cet air de possession qui illuminait son visage et son regard, cette sorte d'emportement mesuré et cadencé, avaient un pouvoir sur tous ceux qui étaient présents. A la trame simple des mythes – l'invention du tabac, le couple des jumeaux originels, histoires de dieux et d'humains venues du fond des temps, elle ajoutait sa propre histoire, celle de sa vie errante, ses amours, les trahisons et les souffrances, le bonheur intense de l'amour charnel, l'acide de la jalousie, la peur de vieillir et de mourir. Elle etait la poésie en action, le théâtre antique, en meme temps que le roman le plus contemporain. Elle était tout cela avec feu, avec violence, elle inventait, dans la noirceur de la forêt, parmi le bruit environnant des insectes et des crapauds, le tourbillon des chauves-souris, cette sensation qui n'a pas d'autre nom que la beauté. Comme si elle portait dans son chant la puissance véridique de la nature, et c'était là sans doute le plus grand paradoxe, que ce lieu isolé, cette forêt, la plus éloignée de la sophistication de la littérature, était l'endroit où l'art s'exprimait avec le plus de force et d'authenticité.
Ensuite j'ai quitté ce pays, je n'ai plus jamais revu Elvira, ni aucun des conteurs de la forêt du Darien. Mais il m'est resté beaucoup plus que de la nostalgie, la certitude que la littérature pouvait exister, malgré toute l'usure des conventions et des compromis, malgré l'incapacité dans laquelle les écrivains étaient de changer le monde. Quelque chose de grand et de fort, qui les surpasse, parfois les anime et les transfigure, et leur rend l'harmonie avec la nature. Quelque chose de neuf et de très ancien à la fois, impalpable comme le vent, immatériel comme les nuages, infini comme la mer. Ce quelque chose qui vibre dans la poésie de Jallal Eddine Roumi, par exemple, ou dans l'architecture visionnaire d'Emanuel Swedenborg. Le frisson que l'on éprouve à lire les plus beaux textes de l'humanité, tel le discours que le chef Stealth des Indiens Lumni adressait à la fin du dix-neuvième siècle au Président des Etats-Unis, afin de lui faire don de la terre : « Peut-être sommes nous frères… »
Quelque chose de simple, de vrai, qui n'existe que dans le langage. Une allure, une ruse parfois, une danse grinçante, ou bien de grandes plages de silence. La langue de la moquerie, les interjections, les malédictions, et tout de suite après, la langue du paradis.
C'est à elle, Elvira, que j'adresse cet éloge – à elle que je dédie ce Prix que l'Académie de Suède me remet. À elle, et à tous ces écrivains avec qui – ou parfois contre qui j'ai vécu. Aux Africains, Wole Soyinka, Chinua Achebe, Ahmadou Kourouma, Mongo Beti, à Cry the Beloved Country d'Alan Paton, à Chaka de Tomas Mofolo. Au très grand Mauricien Malcolm de Chazal, auteur, entre autres de Judas. Au romancier mauricien hindi Abhimanyu Unnuth, pour Lal passina (Sueur de sang), la romancière urdu Hyder Qurratulain pour l'épopée de Ag ka Darya (River of fire). Au Réunionnais Danyèl Waro, le chanteur de maloyas, l'insoumis, à la poétesse kanak Dewé Gorodé qui a défié le pouvoir colonial jusqu'en prison, à Abdourahman Waberi le révolté. À Juan Rulfo, à Pedro Paramo et aux nouvelles du El llano en llamas, aux photos simples et tragiques qu'il a faites dans la campagne mexicaine. À John Reed pour Insurgent Mexico, à Jean Meyer pour avoir porté la parole d'Aurelio Acevedo et des insurgés Cristeros du Mexique central. À Luis González, auteur de Pueblo en vilo. À John Nichols, qui a écrit sur l'âpre pays dans The Milagro Beanfield War, à Henry Roth, mon voisin de la rue New York à Albuquerque (Nouveau Mexique) pour Call it Sleep. À J.P. Sartre, pour les larmes contenues dans sa pièce Morts sans sépulture. À Wilfrid Owen, au poète mort sur les bords de la Marne en 1914. À J.D. Salinger, parce qu'il a réussi à nous faire entrer dans la peau d'un jeune garçon de quatorze ans nommé Holden Caufield. Aux écrivains des premières nations de l'Amérique, le Sioux Sherman Alexie, le Navajo Scott Momaday, pour The Names. A Rita Mestokosho, poétesse innue de Mingan (Province de Québec) qui fait parler les arbres et les animaux. À José Maria Arguedas, à Octavio Paz, à Miguel Angel Asturias. Aux poètes des oasis de Oualata, de Chinguetti. Aux grands imaginatifs que furent Alphonse Allais et Raymond Queneau. À Georges Perec pour Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? Aux Antillais Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, au Haitien René Depestre, à Schwartz-Bart pour Le Dernier des justes. Au poète mexicain Homero Aridjis qui nous glisse dans la vie d'une tortue lyre, et qui parle des fleuves orangés des papillons monarques coulant dans les rues de son village, à Contepec. À Vénus Koury Ghata qui parle du Liban comme d'un amant tragique et invincible. À Khalil Jibran. À Rimbaud. À Emile Nelligan. À Réjean Ducharme, pour la vie.
À l'enfant inconnu que j'ai rencontré un jour, au bord du fleuve Tuira, dans la forêt du Darién. Dans la nuit, assis sur le plancher d'une boutique, éclairé par la flamme d'une lampe à kérosène, il lit un livre et écrit, penché en avant, sans prêter attention à ce qui l'entoure, sans se soucier de l'inconfort, du bruit, de la promiscuité, de la vie âpre et violente qui se déroule à côté de lui. Cet enfant assis en tailleur sur le plancher de cette boutique, au cœur de la forêt, en train de lire tout seul à la flamme de la lampe, n'est pas là par hasard. Il ressemble comme un frère à cet autre enfant dont je parle au commencement de ces pages, qui s'essaie à écrire avec un crayon de charpentier au verso des carnets de rationnement, dans les sombres années de l'après-guerre. Il nous rappelle les deux grandes urgences de l'histoire humaine, auxquelles nous sommes hélas loin d'avoir répondu. L'éradication de la faim, et l'alphabétisation.
Dans tout son pessimisme, la phrase de Stig Dagerman sur le paradoxe fondamental de l'écrivain, insatisfait de ne pouvoir s'adresser à ceux qui ont faim – de nourriture et de savoir – touche à la plus grande vérité. L'alphabétisation et la lutte contre la famine sont liées, étroitement interdépendantes. L'une ne saurait réussir sans l'autre. Toutes deux demandent – exigent aujourd'hui notre action. Que dans ce troisième millénaire qui vient de commencer, sur notre terre commune, aucun enfant, quel que soit son sexe, sa langue ou sa religion, ne soit abandonné à la faim ou à l'ignorance, laissé à l'écart du festin. Cet enfant porte en lui l'avenir de notre race humaine. À lui la royauté, comme l'a écrit il y a très longtemps le Grec Héraclite.

J.M.G. Le Clézio , Bretagne, 4 novembre 2008


Copyright: Nobel Foundation.

dimanche 12 octobre 2008

Longue vie et joyeux anniversaire à "Île en île" !

Le site de littérature et de resources en matière de francophonies (insulaires), Île en île, fête ses 10 ans. Thomas C. Spear, son "créateur", vous invite donc à vous y rendre pour y lire un entretien fait à cette occasion ; voici son mot d'invitation :

__Aux amis, collaborateurs, auteurs (et à la presse) : le 12 octobre 2008 est officiellement l'anniversaire du site Île en île, lancé en 1998.
__Pour l'occasion, je vous invite à lire un entretien qui fait un bilan du chemin parcouru, partage quelques moment forts et donne une idée des choses à venir :

"Dix questions pour dix ans"
(questions pour Thomas C. Spear
à l'occasion des dix ans du site
Île en île,
propos recueillis par Stève Puig).


__
Merci de faire circuler l'information et l'invitation. A (re)découvrir des centaines d'auteurs, de : Haiti, Martinique, Guadeloupe, Guyane, Maurice, Réunion, Comores, Madagascar, Nouvelle-Calédonie, Polynésie...
__Le moment de l'anniversaire est propice pour faire une nouvelle visite au site pour «fouiller» dans ses archives. Il y aura de nouvelles vidéos dans les semaines qui viennent et d'autres suppléments, selon une évolution suggérée dans l'entretien.

__Merci à tout le monde - vous êtes si nombreux ! - de votre participation et contributions à la base de données. Qu'elle trouve moyen de survivre dans les années à venir.

Thomas Spear.

samedi 11 octobre 2008

Noble Nobel : JMG Le Clézio

Petit portrait et pistes de lecture relatives à l'oeuvre de Jean-Marie G. Le Clézio, prix Nobel de Littérature 2008 :


__Voici, pour ceux qui ne savent par où commencer tant son oeuvre est impressionnante, en quelques lignes, une présentation de Jean-Marie Gustave Le Clézio, écrivain de "l'exil et de la fraternité" (Le Monde du 11/10/08), né à Nice en 1940 et ayant parcouru tout les continents de notre globe :

__« La vie de Jean-Marie G. Le Clézio est avant tout parcours. Et, de ces nombreux voyages qui ont ponctué son existence, il résulte une somme d’ouvrages imprégnés de cultures et d’imaginaires variés, avant tout marqués par l’errance. Tout y est mouvement : d’une famille littéraire à une autre, cette carrière commencée par un apparentement au Nouveau Roman français se poursuit par une forte inscription dans l’espace littéraire francophone. Il est ainsi possible, en lisant sa bibliographie, de retracer son parcours : né à Nice (Le Procès-verbal, 1963 ; La Fièvre, 1965 ; Etoile errante, 1992), il passe une partie de son enfance en Afrique avec son père (Onitsha, 1991 ; L’Africain, 2004) où il retourne bien plus tard, entre autres lieux, au Maghreb (Désert, 1980 ; Poisson d’or, 1997). Après avoir encore traversé le continent américain (Relation de Michoacán, 1984 ; Le Rêve mexicain, 1988 ; La Fête chantée, 1997), tout en ponctuant ces voyages par des passages en Europe, il a aujourd’hui posé ses bagages au Nouveau Mexique où il enseigne le français.
__Cet imaginaire marqué par les voyages et les rencontres trouve aussi ses racines dans le parcours de ses ancêtres : Sirandanes et son petit lexique de la langue créole et des oiseaux (1990), seul texte de l’auteur écrit exclusivement en créole mauricien, témoigne de l’importance de ses "origines mauriciennes"… Origines qu’il est possible de retrouver dans ce que Danielle Tranquille nomme "une trilogie sur la trace des origines, de ses origines", à savoir : Le Chercheur d’or (1985), Voyage à Rodrigues (1986) et La Quarantaine (1995). » *

Pour une bibliographie complète des écrits de Jean-Marie G. Le Clézio (romans, nouvelles, articles, préfaces, etc.) et des travaux portant sur son oeuvre (thèses, mémoires, articles, ouvrages, etc.), cliquer sur le lien ci-dessous ("Source"), et consulter l'Annexe II, de la page 515 à 577.

* Source : Stéphane Hoarau, Ecriture de l'exil et exils des écritures (Lecture croisée des mouvements d'exils dans les oeuvres d'auteurs francophones contemporains : Monique Agénor, Jean-Marie G. Le Clézio, Nabile Farès, Jean Lods), Thèse de Doctorat, Université Louis Lumière - Lyon 2, 2008, p. 64.

[Photo : Jacques Sassier © Gallimard.]

lundi 22 septembre 2008

Littérature francophone (Madagascar) : Rencontre et débats...

L'ARCC présente son Couleur Saphir N° 120

Rencontre et débats avec l'écrivain Jean-Luc Raharimanana
Animée par André Robèr et Stéphane Hoarau
Animation musicale : Tao Ravao


Pour cette rentrée 2008, dans le cadre de son Couleur Saphir n° 120, l'Association Réunionnaise Communication et Culture (ARCC) vous invite à rencontrer dans ses nouveaux locaux l'écrivain et poète malgache Jean-Luc Raharimanana : né à Antanarivo en 1967, il réside dans la Grande Île jusqu'à l'âge de 22 ans, où il obtient une licence de Lettres. Après quelques expériences théâtrales contrariées par des (dés)ordres politiques, il quitte Madagascar pour s'installer en France où il devient enseignant. Prix Jean-Joseph Rabearivelo de poésie en 1987, et également Grand Prix Littéraire de Madagascar en 1998 pour son recueil de nouvelles Rêves sous le linceul, Raharimanana n'a eu de cesse de creuser les mémoires tout en croisant des langues. Ecrivant à la fois en malgache et en français, il revisite depuis plusieurs années, de manière pertinente et percutante, des pans silencieux de l'histoire malgache. Lors de cette rencontre portant tant sur son œuvre que sur son engagement, il sera question de cela : briser les silences, creuser les mémoires, déterrer les fantômes du passé, comme pour renvoyer les échos du hiatus politique et historique qui ont déchiré cette île de l'océan Indien…

> Informations pratiques :
Mercredi 8 octobre 2008 à 19 h
Association Réunionnaise Communication et Culture
162 bis rue Pelleport 75020 - Paris (Plan)
Métro : Télégraphe (Ligne 11) / Bus : ligne 60 (arrêt Borrego)

La rencontre sera suivie d'un cocktail

> Pour plus d'informations sur Raharimanana (portrait et bibliographie), se rendre sur le site d'Île en île.

mercredi 4 juin 2008

Un peu de lecture...

Pour ceux qui habitent à Paris et qui constatent - avec désepoir - que le soleil n'est pas au rendez-vous, je propose une activité "d'intérieur" qui permet, justement, de se passer de soleil : la lecture...

Via deux petits textes de présentation, vous pourrez vous orienter et choisir ce qui vous convient le mieux : les maux de l'un ou ceux de l'autre, les mots de Jean-Louis Robert ou ceux d'Edouard Glissant.

A lire donc, sur deux plates-formes francophones distinctes (mais nous le savons, "la francophonie est un réseau"), soit un portrait de l'écrivain et/ou fonnkozèr réunionnais Jean-Louis Robert (cliquez ici), soit un compte-rendu (critique) de la dernière publication du penseur antillais, Edouard Glissant (cliquez là).

Pour plus de précsions, il s'agit de :
- Portrait de Jean-Louis Robert sur île en île ;
- Compte-rendu de lecture des Entretiens de Baton Rouge d'Edouard Glissant (avec Alexandre Leupin), sur Mondes Francophones.

En vous souhaitant de trouver à l'intérieur des pages le soleil qui manque à l'extérieur,
HS.

jeudi 10 avril 2008

Entretien avec Nabile Farès

Le jeudi 17 avril 2008, de 20h30 à 22h00, sur Radio Libertaire :

Le 17 avril prochain, le temps d'une soirée, André Robèr me passe le relais pour présenter son émission sur Radio Liberaire, "Entre chiens et loups" (et je l'en remercie !). J'aurais alors le plaisir de m'inviter chez vous, en compagnie de l'écrivain Nabile Farès.

Petit portrait de l'invité :
Nabile Farès est né a Collo, en Algérie, en 1940. Des années plus tard, il quitte ce lieu pour aller s'installer en Europe, d'abord en Espagne, puis en France, à Paris où il vit toujours aujourd'hui. Ecrivain de la rupture - ou plutôt écrivain d'une rupture - il met en mots les troubles causés par la rencontre violente et conflictuelle de plusieurs mondes, c'est-à-dire des cultures, des langues, des mémoires... Entre des rives occidentales et orientales, il dresse un pont comme pour tenter de se faire joindre ces univers qui se méconnaissent. Son projet littéraire, projet de vie autour des mots, des images et des systèmes de réprésentations (romans, poésies, essais, bandes dessinées, etc.), semble être celui de défaire les paroles des faiseurs d'histoire : prendre les mots de l'Autre, les faire sien en les pliant, les tordant et les explosant à la face de ceux qui sont restés sourds aux échos du passé. C'est une parole puissante, pas toujours limpide, qui se donne comme un chant libre et singulier. Ce n'est donc pas un "nouveau monde" que je vous propose de découvrir lors de cette soirée, puisque Nabile Farès écrit depuis 1972, mais c'est un monde différent, singulier, qui voudrait pouvoir briser des frontière, s'ouvrir, vous ouvrir au Monde...

Pour plus d'informations sur Nabile Farès, se rendre sur Limag, ou cliquer sur les liens ci-dessous :
- Un portrait rédigé par Nourredine Saadi, son ami ;
- Bibliographie de/sur Nabile Farès.

Informations pratiques :
> "Entre chiens et loups", présenté par Stéphane Hoarau, avec Nabile Farès.
> Emission diffusée sur Radio Libertaire, le jeudi 17 avril 2008 (de 20h30 à 22h00).

> Paris /Ile-de-France : 89.4 Mhz
> Ailleurs dans le Monde : pour écouter la radio en ligne (et "en live"), cliquer ici.

dimanche 23 mars 2008

Lire une thèse

En cette semaine de vacances, à ceux qui ne savent pas comment faire passer le temps, je propose un peu de lecture - beaucoup même ! Ma thèse de Doctorat Lettres et Arts, soutenue à l'Université Louis Lumière Lyon 2 le 07 janvier dernier est désormais disponible à la consultation, en ligne, sur le site de Limag (banque de données sur les Littératures du Maghreb, mise en place et gérée par mon directeur de recherche, M. Charles Bonn).

Pour consulter la thèse, se rendre sur Limag (et chercher à "H" comme Hoarau), ou cliquer directement ici (le document est en "pdf") :



"Ecriture de l'exil, exils des écritures. Lecture croisée des mouvements d'exils dans les oeuvres d'auteurs francophones contemporains : Monique Agénor, Jean-Marie G. Le Clézio, Nabile Farès, Jean Lods" (Stéphane Hoarau, Lyon 2, 2008).

Résumé de la thèse :
Les auteurs de notre corpus, originaires soit du Maghreb, soit de l’océan Indien, et écrivant tous à partir de l’Europe, font vivre une même constellation littéraire qui semble être en perpétuel mouvement : celle des littératures francophones. S’inscrivant dans une temporalité post-coloniale, cet espace diversifié tend à problématiser les histoires d’hier en corrélation avec celles d’aujourd’hui : de part et d’autre de frontières, se sont rencontrés et se rencontrent encore des hommes selon des modalités d’échanges et/ou de conflits. Du fait de la diversité de leurs origines, de la singularité de leurs parcours, de leurs circulations entre des frontières tant géographiques qu’historiques et culturelles, et par conséquent de la pluralité de leurs amarres identitaires, les voix interrogées dans cette étude font toutes, selon des tonalités différentes, vibrer le vaste champ francophone. Se peut-il alors que, dans ce concert, se métamorphose le discours littéraire contemporain pour tenter de remettre en cause les discours antérieurs ? Pour tenter de donner corps, par le langage, à d’autres formes de rapports, basés sur l’interaction entre les cultures et les imaginaires ? Il s’agit là de se poser la question de la transversalité des identités littéraires nées de la circulation de mots et d’images au travers de frontières : comment l’écriture, par la mise en oeuvre d’une tectonique des impacts et des contacts entre les cultures rencontrées, peut-elle remettre en cause les structures discursives, et faire émerger, dans un tremblement poétique, une politique de diversification des modalités de penser et d’exprimer la singularité de son rapport au(x) monde(s) ?


En vous souhaitant à tous une bonne lecture, et en espérant vous avoir à nouveau comme lecteurs pour la publication qui devrait suivre...

Stéphane Hoarau, "Docteur ès Lettres et Arts".

mardi 18 mars 2008

Magie des mots au fil de la francophonie

Journée internationale de la Francophonie

Jeudi 27 mars 2008, de 18h00 à 20h00, au musée du Quai Branly :

A l'occasion des festivités organisées autour de la Journée internationale de la Francophonie, et dans le cadre de 2008, Année internationale des langues, conteurs, danseurs et musiciens vous convient à leur spectacle "Magie des mots au fil de la francophonie". Laissons-nous emporter par leur imaginaire et, dans leur sillage, frémissons, rions, rêvons...

Avec : Brono Coppens, Yasser Hachem, Stéphane Hoarau accompagné de Florence Boyer et David Robert, Marc Laberge.

Coordinatrice artistique : Dominique Thiange.

A l'initiative du Groupe francophone de l'UNESCO et avec le soutien de l'Organisation internationale de la Francophonie.

Informations pratiques :
Musée du Quai Branly
37 quai Branly - 75007 Paris
RER C - Pont de l'Alma
Bus : ligne 42, 63, 80
Tél.: 01 56 61 70 00



Pour ceux qui souhaitent voir des images de cette soirée, où a été dit "La Chute d'Icare", de Louis Héry, cliquer sur le lien ci-dessous :
Magie des mots au file de la francophonie (UNESCO)


Sources : *musée du quai Branly > Actualités > p. 2

lundi 10 mars 2008

Périple des Arts

Appel à contribution : articles, essais ou oeuvres originales

Peintes en couches successives sur la toile de fond du colonialisme puis des mouvements post-coloniaux, se sont appliquées les premières couleurs de la francophonie littéraire. D’abord celles de la Négritude, puis, au fil du temps, sont venues s’ajouter celles d’un chaos-opéra, d’une francophonie diversifiée. Ses frontières internes ne sont alors plus pensées comme des lignes de démarcations infranchissables, mais elles deviennent des lieux de circulations faisant se rencontrer et s’inter-changer les écritures, et avec elles les cultures et leurs arts. L’exil, facteur de possibles circulations, amène ainsi à se demander comment se réalise, au sein de ce vaste espace pluriel qu’est la francophonie, le déploiement de mots, d’images, de mythes, articulé sur un pays ou une communauté au travers des frontières, que celles-ci soient réelles ou imaginaires ? Comment ce déploiement peut-il produire un agencement singulier de la francophonie, une carte globale en ce sens abstraite, que tous les éléments qui y figurent s’y croisent et s’y entrelacent de manière imprévisible, en des réseaux étroitement mêlés ?

La rubrique « Périples des Arts » de la revue en ligne Mondes Francophones proposera donc de questionner la manière dont les diverses pratiques et expériences littéraires francophones s’ouvrent jusqu’à se laisser lézarder, non seulement par des mots/maux venus d’ailleurs, mais également par des pratiques et des expériences artistiques autres, tels que la peinture, la photographie, le cinéma, la bande-dessinée, etc.

Veuillez soumettre vos contributions (articles, essais, avec ou sans illustrations) à Stéphane Hoarau, avant le 31 mai 2008 (7 p. maximum / Police : Times New Roman (12) / Interligne : simple) : kozman@stephane-hoarau.com

NB : Avant de soumettre vos contributions, veuillez également consulter la page de Mondes Francophones relative aux publications (cliquez ici).

vendredi 1 février 2008

Pays d'amour

Publication de "Photo d'amour" de Jean-Louis Robert sur Mondes Francophones.

Je relis une autre nouvelle, "Vila Fomalhaut" du mauricien Marcel Cabon* : un homme, perdu dans les hauteurs d'une île, se prend d'amour pour une femme qui, pourtant, non, "n'était pas jolie"... Cette femme, Jean-Louis Robert, au fil d'une autre histoire, dans un autre temps et dans un autre lieu, la croisant, se retourne sur elle et lui tire même le portrait. Il l'emmène, là-haut, quelque part au-dessus du "cirque S". Le paysage est là, constant, à l'inverse de cette beauté de "topwomanqueen" qui, elle, ne l'est pas tout-à-fait. L'amour, nous disent Jean-Louis Robert et Marcel Cabon, est moins une affaire de visage à contempler, que de moments à partager, que de paysages à parcourir. Le paysage : il est sans doute le seul à ne pas se lasser, à ne pas lasser... Si les traits de la femme sont voués à se faner, ceux des cirques, des montagnes et de leurs sentiers, eux, nous invitent à poursuivre la ballade...

A ce propos, pour poursuivre cette ballade-ci, sur "le sentier jusqu'au Cap A", je vous invite à cliquer là : une nouvelle de Robert vous y attend. "Photo d'amour" est son titre...

Pour lire la nouvelle, cliquez sur ce lien : Jean-Louis Robert, Photo d'amour, in Mondes Francophones (www.mondesfrancophones.com).

Pour un portrait de Jean-Louis Robert (en créole réunionnais) : www.maloya.org.

*The Standard Printing Est., Port-Louis, 1940

jeudi 10 janvier 2008

Merci à tous / Mèrsi zot tout'

Suite à la soutenance de Thèse de Stéphane Hoarau

De retour de Lyon où je m'étais rendu en vue de la soutenance de mon Doctorat Lettres et Arts à l'Université Louis-Lumière Lyon 2, le 7 janvier 2008, je tenais à écrire ce petit mot - sans doute le plus personnel de tous ceux qui figurent sur ce blog - pour plusieurs raisons :

D'abord, pour vous informer de la bonne tenue de la soutenance : la thèse donna lieu à de nombreuses et très riches discussions, et c'est au terme de ces échanges que les membres du jury (cf. photo ci-dessous) m'ont décerné la mention très honorable, ainsi que leurs félicitations ! Je ne vous cache pas ma joie, ni celle de mes parents et de mes amis présents...



(De gauche à droite, M. Marimoutou, M. Gelas, M. Bonn et Mme Mathieu-Job)

Je tenais également à remercier tous ceux qui sont venu assister à cette soutenance (cf. photo ci-dessous), mais également, tous ceux qui m'ont fait part de leurs encouragements, avant la soutenance, et de leurs chaleureuses félicitations, après la soutenance donc.
Je tenais également à remercier Jean Lods et Monique Agénor (photo ci-contre) d'avoir fait le déplacement jusqu'à Lyon. Et je n'oublie bien sûr pas Nabile Farès, qui a été présent toutes ces années, comme l'ont été mes directeurs de thèse, Charles Bonn et Carpanin Marimoutou ! Merci également à Jean-Claude Judith et à Patrick Nurbel de l'ARCC pour leurs contributions à ce travail. Enfin, bien évidemment, je pense à mes parents, à ma famille, à mon ami et à Elle, là-bas...



Merci à eux, merci à vous, merci à tous !

Hoarau Stéphane.

dimanche 30 décembre 2007

Soutenance de Doctorat Lettres & Arts

Avis de soutenance de Doctorat de l'Université Lumière - Lyon 2


Stéphane Hoarau présentera ses travaux en soutenance
le 07 janvier 2008 à 14h30, à Lyon :


Institut des Sciences de l'Homme
Salle Marc Bloch (4e étage)
14, avenue Berthelot
69007 LYON

Les membres du jury sont :
- M. Charles BONN, Directeur de recherche, Univ. Lyon 2
- M. J.-C. Carpanin MARIMOUTOU, Co-directeur de recherche, Univ. de La Réunion
- Mme. Martine JOB, Univ. Bordeaux 3
- M. Bruno Gelas, Univ. Lyon 2

Titre des travaux :
Ecriture de l'exil, exils des écritures. Lecture croisée des mouvements d'exils dans les oeuvres d'auteurs francophones contemporains : Monique Agénor, Jean-Marie G. Le Clézio, Nabile Farès, Jean Lods.

Résumé de la thèse :
Les auteurs de notre corpus, originaires soit du Maghreb, soit de l’océan Indien, et écrivant tous à partir de l’Europe, font vivre une même constellation littéraire qui semble être en perpétuel mouvement : celle des littératures francophones. S’inscrivant dans une temporalité post-coloniale, cet espace diversifié tend à problématiser les histoires d’hier en corrélation avec celles d’aujourd’hui : de part et d’autre de frontières, se sont rencontrés et se rencontrent encore des hommes selon des modalités d’échanges et/ou de conflits. Du fait de la diversité de leurs origines, de la singularité de leurs parcours, de leurs circulations entre des frontières tant géographiques qu’historiques et culturelles, et par conséquent de la pluralité de leurs amarres identitaires, les voix interrogées dans cette étude font toutes, selon des tonalités différentes, vibrer le vaste champ francophone. Se peut-il alors que, dans ce concert, se métamorphose le discours littéraire contemporain pour tenter de remettre en cause les discours antérieurs ? Pour tenter de donner corps, par le langage, à d’autres formes de rapports, basés sur l’interaction entre les cultures et les imaginaires ? Il s’agit là de se poser la question de la transversalité des identités littéraires nées de la circulation de mots et d’images au travers de frontières : comment l’écriture, par la mise en oeuvre d’une tectonique des impacts et des contacts entre les cultures rencontrées, peut-elle remettre en cause les structures discursives, et faire émerger, dans un tremblement poétique, une politique de diversification des modalités de penser et d’exprimer la singularité de son rapport au(x) monde(s) ?

La soutenance sera publique et sera également suivi d'un pot ouvert à tous...

jeudi 29 novembre 2007

Francophonie(s) : un état des lieux...

Discours de remerciement de Charles Bonn - Légion d'honneur remise le 14 nov. 2007 à Lyon.

Le 14 novembre dernier, dans les salons de l'Université Louis Lumière Lyon 2, Azouz Begag remettait à Charles Bonn - éminent professeur de l'Université francophone en France, spécialiste des "littératures maghrébines d'expression française" - la médaille de la légion d'honneur. Lors de son discours de remerciement, Charles Bonn proposa de souligner quelques traits du triste état de la francophonie dans l'enseignement français, et ainsi de (re)mettre en perspective les enjeux "parfois suicidaires" des politiques culturelles françaises à l’étranger.
Malgré une certaine représentativité et notoriété d'auteurs tels que Tahar Ben Jelloun, Assia Djebar ou Azouz Begag dans la vie publique nationale, dans son discours, Charles Bonn fait remarquer l'absence paradoxale des textes de ces mêmes auteurs dans l'enseignement français : absence dans les concours publiques (CAPES, agrégation, etc.), manque de reconnaissance de la part des instances universitaires, etc. En France, la francophonie serait-elle boudée ? Pourquoi ? Peut-être parce qu'elle exclut la fixité, en explosant les frontières... Peut-être parce que, du fait même des mouvements transnationaux et transculturels qui la fondent, elle remet en question la notion dangereusement sécurisante et très en vogue d'"identité nationale"...

Quelques photos de la soirée :
Legiond'honneur 2007 (album de Charles BONN)

En cette période chargée d'interrogations concernant l'avenir des universités françaises, je vous propose de lire ces quelques mots qui permettent de mettre en lumière d'autre maux, ceux de la francophonie dans le système éducatif de la France, et d'une manière plus générale, dans la vie culturelle française :

"Mot de remerciement" (par Charles Bonn)* :
C’est avec beaucoup d’émotion que je voudrais d’abord remercier Azouz.
Cette décoration qu’il vient de m’accrocher est pour moi le résultat d’une amitié vieille de plus de trente ans, puisqu’elle est antérieure à la publication du
Gône du Chaâba, dont j’avais lu le manuscrit avant de suivre, pas à pas, l’ascension littéraire de l’auteur. Ce qui m’a permis bien sûr de faire cours sur son œuvre, et de lui demander de temps en temps de venir parler à mes étudiants, qu’il enthousiasmait à chaque fois.
Si le temps ne m’était pas compté je pourrais raconter – moins bien que lui –, une foule de souvenirs communs fort pittoresques, parmi lesquels des aventures cocasses avec la police aux frontières américaine peu après le 11 septembre. Et l’on sait qu’une fois ministre il a remis ça depuis, mais sans moi cette fois !
Plus sérieusement je devrais parler aussi de collaborations universitaires, comme ce groupe de recherches sur la migration (le GREMMM) que nous avions fondé ensemble avec quelques amis comme Abdellatif Chaouite en 1984-85, ou encore plus récemment l’UE libre « L’Autre et la Migration » qu’il assura avec Latif, Nadine et moi jusqu’à sa nomination comme ministre, laquelle ne l’empêcha pas de tenir à corriger lui-même ses copies, occasion d’une fête bien joyeuse lorsqu’il vint un soir les chercher chez moi.

Je voudrais aussi, plus ému encore, remercier mon amie Pascale, qui s’est mise un peu à l’écart là-bas près de la fenêtre. C’est elle qui me fit connaître Azouz en 1983, avant que je la perde de vue pour la retrouver par hasard à la sortie d’un spectacle 20 ans plus tard. C’est elle surtout qui m’a patiemment redonné confiance en moi durant ces dernières années où ma place à l’université Lyon 2 était souvent loin d’être évidente, et où le doute sur la validité de ce que j’avais à dire m’assaillait souvent.

Dans ce contexte très affectif je voudrais dire maintenant en quelques mots comment je perçois cette décoration par laquelle je reste encore bien surpris.

Quand on m’a annoncé en janvier dernier, au moment de mon départ à la retraite, que quelque chose se préparait en ce sens au Ministère de la Promotion de l’égalité des chances, et une fois la surprise passée, j’ai d’abord pensé à ma mère et à ma soeur, ici présentes, que cette récompense allait consoler en partie de la mort brutale de mon frère l’été dernier. Le malheur indicible, tant pour elles que pour moi, trouvait ainsi une sorte de contrepoint qui nous fut salutaire.

Pourtant en même temps que ce bonheur m’assaillirent les doutes : cette décoration n’était-elle pas dans une certaine mesure une récupération politique ? J’ai en effet toujours voté à gauche, et mon travail pour la reconnaissance de littératures plus ou moins bannies du système universitaire français procédait même d’un militantisme que l’on pourrait situer un peu plus à gauche encore…
Mais je me suis aperçu très vite que la signification politique d’une telle décoration dépassait de beaucoup le cadre de mes convictions personnelles, pour consacrer au contraire le travail collectif et combien difficile de quelques collègues avec moi pour cette reconnaissance par l’enseignement universitaire français des littératures produites par nos anciennes colonies ou par l’immigration qui en est issue.
Or il faut bien reconnaître que mis à part l’enthousiasme des trois premières années de la Présidence de François Mitterrand, qui virent entre autres le surgissement des « radios libres », la « marche des beurs » et les débuts, en 1983 encore, de ce qu’on a appelé la « littérature de la seconde génération de l’immigration », la gauche a ensuite fait fort peu de choses sur ce plan, même si Mitterrand a développé les instances d’une Francophonie officielle, « présentable », qui n’a rien à voir avec cette Francophonie réelle, plus humble, pas officielle du tout, dont nous sommes quelques-uns à nous occuper sans trop de moyens « sur le terrain ». Terrain de la reconnaissance des textes trop souvent bannis dont j’ai déjà parlé. Terrain aussi de la direction parfois laborieuse des très nombreuses thèses proposées par des étudiants ex-colonisés, majoritaires dans la plupart des troisièmes cycles littéraires français, où ils ne trouvent pas les directeurs compétents que l’institution a oublié de former ou de recruter pour les accueillir.

Je reçois donc cette décoration comme la consécration d’un travail collectif, qui n’est ni de droite ni de gauche, mais qui milite pour la prise en compte en France de notre mémoire. Ce n’est pas parce que la colonisation, ou la manière dont on gère l’immigration, sont difficiles à admettre pour nos bien-pensances actuelles, qu’il faut faire la politique de l’autruche et les ignorer, entre autres dans nos programmes universitaires.
Reconnaissance aussi d’un travail collectif plus vaste, militant non seulement pour l’acceptation d’une mémoire, mais aussi plus globalement pour la prise en compte du réel qui nous entoure, dans l’enseignement littéraire français. Réel d’une société métissée qui ne veut pas le reconnaître, réel dans la relation de la littérature avec un monde qui change, réel aussi d’une langue, tout aussi métissée que la société qu’elle reflète.
Pour illustrer ceci je citerai l’incompréhension médusée de mes collègues étrangers, par exemple lors de ce colloque à Copenhague d’où je reviens tout juste et qui portait précisément sur les expressions littéraires des immigrations en Europe, lorsque je leur ai répété qu’en France je m’étais entendu dire qu’enseigner la Francophonie à l’Université n’avait guère d’intérêt puisque ça ne préparait pas à notre sacro-sainte Agrégation.
Ou encore lorsque j’ai dû leur expliquer que la 9ème et la 10ème sections du CNU (« Littérature française » et « Littératures comparées », au Conseil national des universités, pour les profanes heureusement nombreux dans cette salle) se renvoient depuis toujours la balle d’une Francophonie inclassable et donc inutile.
Ou encore lorsqu’il m’a fallu leur avouer avec honte que très souvent le comparatisme littéraire français exclut la Francophonie avec la question rituelle : « Vous comparez quelle langue à quelle langue ? ». Qui ne voit en effet qu’une telle question fait des sections de littérature comparée l’annexe dévalorisée des départements de langues, alors même que les auteurs étrangers des questions d’agrégation y sont néanmoins étudiés en traductions ? Ne serait-il pas plus réaliste, me disent alors mes collègues étrangers avec un bon sens sans doute trop évident pour nos subtilités françaises, de reconnaître que le français de Chamoiseau n’a rien à voir avec celui d’Azouz Begag ou celui de Réjean Ducharme, ou que la Francophonie comme rencontre de cultures permet des comparaisons bien plus riches et diversifiées, et de plus actuelles, que celles d’un comparatisme se limitant frileusement à l’Europe ? De reconnaître enfin que par son actualité même la Francophonie permet cette prise en compte du réel dont j’ai déjà parlé, et grâce à laquelle nombre d’étudiants viennent à la littérature française par le biais de la Francophonie, dont plus d’un collègue américain me dit qu’elle a sauvé dans son université un enseignement du français littéralement saboté par des politiques culturelles françaises à l’étranger parfois suicidaires.
Et lorsqu’enfin ces collègues étrangers m’achèvent en me demandant de leur expliquer la contradiction qu’il y a entre attribuer le Prix Goncourt à Tahar Ben Jelloun, élire Assia Djebar à l’Académie française, nommer Azouz Begag ministre (même si c’est en le privant de tout moyen d’action et d’expression), et exclure leurs textes des programmes universitaires, je n’ai plus alors qu’à me taire…

J’ai été sans doute un peu trop polémique, et je vous prie de m’en excuser. Mais la reconnaissance que me donne Azouz avec cette décoration, le fait que cette reconnaissance me vienne de lui, car nous sommes tous deux un peu ce
Mouton dans la baignoire qui donne son titre à son dernier livre, m’imposent en quelque sorte de donner voix à des évidences parfois douloureuses dont cette décoration que je reçois devient pour moi la parole.

Je pense que le fait que vous soyez venus si nombreux, malgré les grèves et le froid, montre qu’un certain nombre parmi vous pensent sur ces questions comme moi. Je suis particulièrement heureux de ce point de vue de voir ici certains de mes anciens étudiants, ou encore mes deux fils et ma belle-fille Anne, dont je sais qu’ils attendaient de moi ce que je viens de dire.
Quant à ceux qui ne partagent pas mes prises de position parfois véhémentes, je les remercie d’être venus au moins par amitié, loin de tout sectarisme. Amitié que nous partageons tous ici avec émotion, et de laquelle je vous remercie tous et toutes avec gratitude
[...]...

* Je tiens à remercier Charles Bonn de m'avoir autoriser à publier ici son discours...

lundi 26 novembre 2007

Entre chiens et loups

Petite séance de rattrapage...

A ceux qui étaient trop occupés pour écouter le jeudi 15 novembre dernier l'emission "Entre chiens et loups" présentée par André Robèr, je propose une séance de rattrapage. Si vous avez devant vous une petite heure de disponible, vous pouvez écouter cet entretien qui porte sur mes travaux de recherche... Si vous n'avez pas cette heure, vous pouvez selectionner au hasard quelques extraits, et écouter, par exemple, les fameux morceaux du groupe Tapok.



"Entre chiens et loups", présenté par André Robèr, avec Stéphane Hoarau.
Emission diffusée sur Radio Libertaire, le jeudi 15 novembre 2007 (de 20h30 à 22h00).
Sujet : "Ecriture de l'exil, exils des écritures" (Thèse de Stéphane Hoarau portant sur Monique Agénor, Jean Lods, Jean-Marie G. Le Clézio et Nabile Farès).

HS.

mardi 9 octobre 2007

Exils et Ecritures (double CD Audio)

Publication des Dossiers de l'ARCC n°47 :


Exils et Ecritures.
Entretien avec trois écrivains francophones :
Monique Agénor, Jean Lods, Nabile Farès.


Entretien animé par Stéphane Hoarau
Lectures de Ludovic Pirazzoli
Collection "Lettres et Langues"
2 CD Audio (45 et 35 mn)

Lire des auteurs francophones contemporains invite à se porter attentif aux mouvements contemporains : ce qui caractérise le monde francophone dans sa globalité – ce qui fait sa richesse – c’est qu’il n’est justement pas homogène et fermé, mais qu’il est hétérogène, varié, ouvert à la multitude des cultures, des imaginaires et des paysages qui le composent. Les auteurs avec qui vous vous apprêtez à converser, chez vous, avant de venir habiter l’intimité de votre salon ou de votre chambre, d’une bibliothèque même, ont tous les trois parcouru des espaces divers et variés : les îles india-océanes et le continent européen pour Monique Agénor et Jean Lods, le Maghreb et l’Europe pour Nabile Farès. Leurs discours portent des traces de ces parcours et de ces mouvements : parcours et mouvements entre des espaces non seulement géographiques, mais aussi historiques, mémoriels, culturels, langagiers, etc. Il n’est donc pas ici question d’une, mais de plusieurs rencontres : rencontres bien sûr avec chacun des auteurs. Mais aussi, par le biais de leurs parcours respectifs, rencontres avec des aires culturelles diversifiées : l’océan Indien, l’Afrique du Nord, l’Europe.
En somme, Monique Agénor, Jean Lods et Nabile Farès mélangent ici leurs voix pour témoigner des rapports qu’ils entretiennent, par l’écriture, aux espaces qu’ils ont traversé, qu’ils ont habité et qu’ils habitent désormais…

Pour vous procurer l'enregistrement, contactez l'ARCC :
- Site : http://www.arcc.asso.fr/
- Courriel : arcc2@wanadoo.fr
- Tél. : 01 43 15 00 21

+++ NB : Un extrait de cette rencontre est disponible à la lecture sur le site : www.mondesfrancophones.com (rubrique : "interviews").

samedi 22 septembre 2007

A lire...



Publication d'un article sur Jean Lods sur le site Mondes Francophones (www.mondesfrancophones.com) :

A l'occasion de la récente sortie du document audio Les Dossier de l'ARCC n° 40 : "1946-2006 : bilan et perspectives. Regards croisés des Réunionnais de la diaspora", et dans l'attente de la parution prochaine de l'entretien avec Nabile Farès, Monique Agénor et Jean Lods, je vous propose de lire en ligne un article portant sur l'un de ces auteurs : "Jean Lods, la possibilité d'un exil rayonnant ouvert à la rencontre" (il s'agit de la transcription de la piste 2 du CD n° 2 des Dossiers de l'ARCC n° 40).

A noter également, toujours concernant Jean Lods, la mise en ligne d'un site portant sur sa vie et son oeuvre : D'Une Rive à l'Autre.

Liens (à copier/coller) :
- Article sur Jean Lods : http://www.mondesfrancophones.com/espaces/Creolisations/articles/exil-et-litterature
- Site sur Jean Lods : http://dunerivelautre.free.fr/

Pour se procurer Les Dossiers de l'ARCC n° 40 : http://www.arcc.asso.fr/

Kèl Kozman ? / Quelle parole ?

Entre l'île de La Réunion, Paris, et bien d'autres lieux dans le monde, je vous propose, via ce petit blog, de découvrir quelques artistes, publications, événements, etc. qui se rapportent tous à la culture. Une culture alter-..., c'est-à-dire, une culture différente, qui ne se découvre pas dans les magasines pipoles ou dans les écrans des tévés - ni même sur les affiches publicitaires - mais une culture qui tisse des liens entre les humanités, qui vit et que nous faisons vivre de manière originale et singulière dans nos quotidiens respectifs, à travers le monde, à travers les mondes : francophones, créolophones, etc.

Au plaisir de vous rencontrer lors d'une manifestation ou dans l'un des ateliers présentés,
Bien à vous,


Stéphane Hoarau.